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Réception de Jules Hoffmann, de l’Académie française

Retransmission de la cérémonie sous la Coupole de l’Institut de France
Le biologiste de renommée internationale, Jules Hoffmann ayant été élu le 1er mars 2012 à l’Académie française à la place laissée vacante par la mort de Mme Jacqueline de Romilly, a été reçu le jeudi 30 mai 2013 sous la Coupole de l’Institut de France au sein de l’Académie française par son confrère M. Yves Pouliquen au 7e fauteuil.


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Émission proposée par : Marianne Durand-Lacaze
Référence : COU603
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/cou603.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida10365-Reception-de-Jules-Offmann-de-l-Academie-francaise.html
Date de mise en ligne : 16 juin 2013

L’Académie française, chargée par le cardinal Richelieu de définir l’usage du français, élit régulièrement des scientifiques car la langue française sert depuis des siècles de véhicule de la pensée et de l’enseignement scientifique. Tout récemment, le 20 avril 2013, comme a souhaité le rappeler Jules Hoffmann, le biologiste François Jacob, qui avait dirigé l’Institut Pasteur pendant de longues années, membre de l’Académie des sciences, Professeur honoraire du Collège de France, et membre de l’Académie française s’est éteint.

Canal Académie vous propose d’écouter l’intégralité de la séance de réception de l’académicien Jules Hoffmann, Prix Nobel de Médecine, déjà membre de l’Académie des sciences depuis vingt ans.

 Réception de Jules Hoffmann de l'Académie française, 30 mai 2013
Réception de Jules Hoffmann de l’Académie française, 30 mai 2013
© Marianne Durand-Lacaze/ Canal Académie

Vous entendrez d’abord le discours de réception de M. Jules Hoffmann puis la Réponse au discours de réception de Jules Hoffmann par Yves Pouliquen, de l’Académie française.

Ses parrains au sein de l’Académie sont Jean-Marie Rouart et Amin Maalouf.

Ses travaux scientifiques sur les défenses immunitaires des insectes qui ont apporté un nouvel éclairage sur celles de l’homme, lui ont valu le Prix Nobel de médecine en 2012 et précédemment, la médaille d’or du CNRS, l’une des plus prestigieuses distinctions scientifiques françaises en 2011.

Le parcours et l’œuvre de Jacqueline de Romilly par Jules Hoffmann

Le biologiste a d’abord rendu hommage à Mme Jacqueline de Romilly, son prédécesseur au 7e fauteuil, grande voix de l’Académie française, helléniste de renommée internationale, qu’il n’a pas eu le privilège de connaître. Qui était donc cette grande helléniste ? Son discours de réception révèle son admiration profonde pour l’œuvre de c elle qui se définissait par se mots précis a-t-il rappelé : « Je suis professeur de grec et l’Athènes du cinquième siècle m’émerveille. »

Orpheline de son père, mort dans les premiers jours de la Guerre de 1914-1918, alors qu’elle n’était âgée que d’un an seulement, Jacqueline de Romilly fut élevée par sa mère désireuse de la voir première de classe en élevant pour la protéger avec une vaillance tenace un véritable rempart de tendresse selon les mots de l’académicienne dans Jeanne, le livre qu’elle consacra à sa mère.

Premier extrait du discours de Jules Hoffmann

« Lors de ses dix-sept ans, en 1930, Jacqueline David obtint deux prix au Concours général, qui venait seulement de s’ouvrir aux filles. Et trois ans plus tard, elle entrait à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm. Pour les prix au Concours général et pour son concours d’entrée à l’École normale supérieure, Jacqueline David réussissait brillamment dans les mêmes matières que son père vingt ans plus tôt.

C’est en 1933 – Jacqueline venait d’avoir vingt ans – que sa mère lui fit un cadeau qui allait avoir une influence déterminante sur sa vie. Écoutons-la : « Ma mère m’a offert un jour une édition ancienne, dont la reliure en parchemin lui avait plu. Nous partions en vacances et je souhaitais faire un peu de grec pour m’entraîner. Comme elle m’avait donné ces volumes – il y en avait sept – j’en ai emporté un ou deux par zèle de bonne élève. »

Il s’agissait en fait de la Guerre du Péloponnèse, de Thucydide, une œuvre que Jacqueline de Romilly ne connaissait pas et dont elle nous dit qu’elle l’a tout de suite fascinée.

Alors que Jacqueline était engagée dans son travail de thèse, précisément sur Thucydide, la guerre éclata. Renonçant à la bourse de recherche dont elle bénéficiait, elle demanda un poste d’enseignant et fut nommée à Bordeaux. En 1940, Jacqueline David se marie avec Michel Worms de Romilly, qui était éditeur et travaillait aux éditions Les Belles Lettres. Mais la vie du nouveau couple est bouleversée par les lois de Vichy sur le statut des Juifs. Comme l’écrira plus tard Jacqueline : « Jeanne n’était pas juive. Je ne l’étais qu’à moitié (par mon père). Je m’étais mariée à l’église parce que mon mari était catholique. Mais mon mari, demi-juif comme moi, avait un grand-père juif de trop, il était aux trois quarts juif, donc juif, et moi par mon mariage avec un juif, j’étais juive… » Pour Jacqueline, ces lois criminelles eurent des conséquences dramatiques : elle fut avisée qu’à partir de décembre 1941, elle ne pourrait plus enseigner. « Ni mon mari ni moi ne pouvions rentrer à Paris, nous dit-elle, ni mon mari ni moi n’avions plus de métier, ni mon mari ni moi n’étions plus en sûreté. »

Les années de guerre que passent Jacqueline et son mari, sa mère et sa belle-famille ont été très dures et sont relatées en détail dans le livre Jeanne.

À la Libération, Jacqueline trouve un poste d’enseignant à Versailles. En 1947, elle soutient sa thèse à la Sorbonne. En 1949, elle est nommée professeur à Lille, puis en 1957 professeur à la Sorbonne. En 1973, Jacqueline est la première femme élue professeur au Collège de France et, en 1975, la première femme à entrer à l’Institut de France, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Enfin, en 1988, elle est élue à l’Académie française, deuxième femme à rejoindre cette Académie après Marguerite Yourcenar.

Jacqueline de Romilly s’est éteinte en 2010, dans sa quatre-vingt-dix-huitième année. »

Jules Hoffamn a évoqué Thucydide dont le nom est indissociablement lié à celui de Jacqueline de Romilly, sur l’œuvre duquel elle a fait sa thèse et publié son premier livre, puis celui d’Homère dont l’œuvre fut pour l’helléniste une source infinie de réflexions profondes, sans compter l’héritage du Ve siècle (avt J.-C.) qui nous a légué la démocratie, la tragédie... La démocratie athénienne fut pour elle un thème central parmi ses écrits mais à travers les textes grecs, Jacqueline de Romily n’a jamais cessé de vouloir comprendre et de transmettre le désir et le besoin de comprendre ces textes grecs.
Jules Hoffmann a réservé à Jacqueline de Romilly la fin de son exposé par cette citation de l’helléniste : « Ces textes (grecs), je puis le dire, je les ai aimés, ils m’ont tenu compagnie et ils ont vraiment éclairé quotidiennement mon existence, je leur suis reconnaissante et je voudrais que chacun – notamment les jeunes - puisse les découvrir et recevoir d’eux tout ce qu’ils ont à donner. Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait d’abord dans ce but là. »

Deuxième extrait du discours de Jules Hoffmann

« Le grand mérite de l’Athènes du cinquième siècle aura été, nous indique Jacqueline de Romilly, d’avoir essayé de penser son régime (démocratique) sous forme de principes, d’en apprécier les mérites, les inconvénients et les devoirs, d’en définir et d’en clarifier la nature. Ainsi, nous dit-elle, « les Athéniens de l’époque classique se sont donné le privilège de rejoindre l’universel ».

Cependant, elle nous fait part également d’une certaine amertume – (je cite) : « Mais on ne saurait pour autant soutenir que l’expérience a été heureuse et qu’elle a en tout bien tourné. À la grande époque des découvertes a succédé le règne des démagogues : les tromperies des ambitieux et les engouements déraisonnables du peuple ont ruiné la situation. Athènes, qui était si éprise de liberté, n’a pas été assez avisée pour respecter celle des autres ; elle a eu un empire ; et en se durcissant, celui-ci est devenu impopulaire ; elle a ainsi tout perdu. L’élan lui-même, qui entraînait les citoyens, a progressivement perdu de sa force [...]. Et le fait est que dans la lutte contre Philippe (de Macédoine), l’élan démocratique n’entraine plus la cité. »

Je ne puis que m’associer à cette amertume en notant qu’à l’enthousiasme pour la démocratie d’un Périclès, a succédé une infinie série de déboires et d’erreurs qui ont été finalement fatals à l’expérience athénienne. Et à part quelques étincelles ponctuelles, il aura fallu à l’humanité plus de deux millénaires pour reconquérir les fondamentaux de la démocratie.

Et encore… comme nous le savons tous, ce mot ne recouvre pas nécessairement les mêmes réalités dans toutes les sociétés contemporaines, ni dans toutes les strates d’une société. Le combat de Périclès n’est pas fini en ce début du XXIe siècle. »

Le parcours et l’œuvre de Jules Hoffmann par Yves Pouliquen

Jules Hoffmann est né le 2 août 1941 dans le Duché de Luxembourg. Son père professeur dans un lycée réputé de la ville de Luxembourg avait poursuivi ses études universitaires en zoologie et botanique à Paris et à Bruxelles. L’homme avait des centres d’intérêts multiples. L’entomologie fut une passion "proche des charmes de la nature " qu’il partagea avec son fils en décidant de l’éduquer à voir, à reconnaître et à classer des insectes, telle que la puce d’eau par exemple. Une passion toute scientifique au point d’envoyer à l’Institut des sciences du Luxembourg des monographies remarquées qui ont probablement influencé Jules Hoffmann dans son approche de ces petits êtres vivants qui deviendront bien plus tard, son domaine de recherche à travers principalement l’étude de la drosophile, après bien des hésitations entre le monde des mathématiques et son goût pour les lettres. En 1963, il entra dans le laboratoire de l’Institut de Zoologie du professeur Pierre Joly, auprès duquel, il avait eu un stage dans le cadre du CNRS et qui avait accepté de diriger sa thèse.

Yves Pouliquen de l'Académie française, Réception de Jules Hoffmann de l'Académie française, 30 mai 2013
Yves Pouliquen de l’Académie française, Réception de Jules Hoffmann de l’Académie française, 30 mai 2013
© Marianne Durand-Lacaze/ Canal Académie

Le Professeur Pouliquen dans sa réponse au discours de réception de Jules Hoffmann décrit le parcours scientifique de son confrère avec une admiration certaine pour son œuvre scientifique qui montre comment très tôt, Jules Hoffmann s’est intéressé aux mécanismes de résistance aux infections microbiennes. Comment se forme l’œuvre d’un savant ? s’interroge le Professeur Pouliquen.

De ses observations chez le criquet, de la biologie générale à l’endocrinologie et l’immunologie des insectes, Jules Hoffmann a cherché à identifier les résistances microbienne des insectes. Cette résistance existait-elle chez d’autres insectes ? Sur quelles molécules s’appuyait-elle ? Sur les conseils de Nicole Le Douarin, Secrétaire honoraire de l’Académie des sciences aujourd’hui, il choisit d’abandonner ses recherches endocrinologiques sur les insectes pour s’intéresser à la biologie, à la biologie cellulaire et à la génétique de leur défenses immunitaires.
Près de vingt ans de recherche selon cet axe aboutiront à sa découverte majeure d’un gène dont les mutations peuvent entraîner une perte de fonction des récepteurs dits "récepteurs Toll " chez la drosophile, abolissant de façon spectaculaire ses défenses contre les attaques de champignons.

Les conséquences de ses découvertes dans le domaine de l’immunité innée et celui de l’immunité adaptive ont été fondamentales et lui ont valu les plus grandes distinctions scientifiques jusqu’au Prix Nobel qu’il partage en 2011 avec Bruce Beutler et Ralph Steinmann, mort trois jours avant de l’apprendre.

Extrait de la fin du discours d’Yves Pouliquen

« Peut-être votre installation, Monsieur, en notre Compagnie au terme de cette longue route, celle dont je viens de retracer les étapes, vous sera-t-elle apaisante ? Non pas que nous n’y sécrétions nous-mêmes les peptides acides des mots, mais la traditionnelle courtoisie de notre Compagnie sait les neutraliser avec bonheur. Rassurez-vous, nos entretiens en son sein vous séduiront et vous y retrouverez cette variété de propos que la littérature, la philosophie, l’art vous offriront, ceux dont vous aviez conscience que le temps vous manquait pour en profiter autant que vous le désiriez. Ce goût que vous en aviez au seuil de l’Université, vous le retrouverez et, dois-je vous en faire confidence, avec une réelle joie. De cet aveu autant que de cette promesse je ne donnerai qu’un exemple, le rôle qu’y jouait celle dont vous rejoignez aujourd’hui le fauteuil : madame Jacqueline de Romilly. Vous en avez imaginé sans doute au travers de son œuvre écrite tout ce que pouvait en offrir l’expression orale qu’elle en donnait. C’est un privilège que nous eûmes pendant un temps que nous souhaitions ne jamais devoir finir, celui de l’écouter. Sous cette Coupole résonne encore l’écho inoubliable de ses interventions dont la dernière, dite de mémoire, fut bouleversante de sagesse, de grâce autant que d’érudition. Dans l’intimité de notre Compagnie aucun d’entre nous n’a oublié l’habileté, l’humour, l’intelligence et souvent la délicate malignité avec lesquels madame de Romilly précisait une pensée relativement à la définition d’un mot, la qualité d’un texte, ou une référence au siècle de Périclès. Sa voix même et sa diction fortement marquées par des années d’enseignement donnaient à ses interventions une valeur pédagogique à laquelle nous étions très sensibles. Cette voix dont elle savait amplifier le ton lorsqu’elle plaidait la cause de l’enseignement du grec et du latin dans nos lycées. Vous l’avez lue, vous l’admirez. Vous auriez aimé l’entendre. Nous, nous aimions l’entendre et nous sommes heureux qu’en son fauteuil siège désormais un homme de votre qualité, un homme de science dont il est agréable de penser que madame de Romilly, aussi éloignée des sciences qu’elle le fût, aurait été fière de partager le savoir et de vous dire avec passion le sien. Telle est notre Compagnie qui a la vertu de mêler avec bonheur ce que cultivent les uns à ce que cultivent les autres mais aussi, comme nous l’avons fait tous deux, dans le souvenir brillant et riche de nos confrères disparus.

Monsieur, je vous souhaite la bienvenue en notre Compagnie. »

Pour en savoir plus

Réception de Jules Hoffmann de l'Académie française, 30 mai 2013
Réception de Jules Hoffmann de l’Académie française, 30 mai 2013
© Marianne Durand-Lacaze/ Canal Académie

- Intégralité des textes sur le site de l’Académie française : Discours de M. Jules Hoffmann, discours de réception, et réponse de M. Yves Pouliquen..

- Jules Hoffmann sur le site de l’Académie française
- Yves Pouliquen sur le site de l’Académie française






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