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18 septembre

« Le travail indépendant : une alternative au salariat ?” Communication de M. Bernard Martinot, économiste spécialiste du marché du travail et directeur général adjoint des services de la région Ile-de-France. En savoir plus : www.asmp.fr.

Une langue, cela ne sert pas qu’à communiquer !

Une langue, cela ne sert pas qu’à communiquer !

« Seule une langue naturelle peut tendre à l’universalité dans l’usage ordinaire, car seules les langues naturelles remplissent les trois fonctions principales dévolues à une langue : la fonction communicative, la plus visible ; la fonction cognitive, la plus profonde ; la fonction expressive, la plus subtile. Qu’une langue serve à communiquer, c’est l’évidence ; un langage est fait pour l’échange […]. Mais les langues naturelles vont bien au-delà ; elles ont pour objet de conceptualiser les choses et du fait même de permettre l’élaboration de la pensée ; une langue est un système qui structure le réel, qui organise le pensable, qui conceptualise les données du monde ; et chaque langue le fait à sa façon. Notre regretté confrère Émile Benvéniste a magnifiquement démontré que la logique d’Aristote ne serait pas ce qu’elle est si Aristote l’avait conçue dans une langue autre que le grec […].

Par-delà la fonction communicative, la fonction cognitive du langage, culturelle si l’on préfère, s’impose en effet avec la plus grande force. Il s’y ajoute la fonction expressive, dont l’aboutissement est esthétique et littéraire. Une œuvre littéraire est à tel point liée à la langue qui l’a fait naître que sa traduction s’apparente toujours à une transposition. On connaît l’aphorisme paradoxal de l’écrivain allemand Jean-Paul : “Ce qui se laisse traduire ne vaut pas d’être traduit” ; l’équivalence en somme s’arrête au texte le plus banal ; le texte littéraire quant à lui est si indissociable de sa langue qu’il ne peut exister d’équivalence stricte entre l’original et sa traduction : une traduction peut certes être de son côté un chef-d’œuvre, mais c’est toujours dans un autre style, dans un autre mode, dans une autre vision des choses. Bref, par ses fonctions cognitives et expressives, par sa dimension culturelle en un mot, le langage dépasse infiniment la seule communication. »

Extrait de Linguistique de l’universel, Réflexions sur les universaux du langage, les concepts universels, la notion de langue universelle, par Robert Martin, Académie des inscriptions et belles-lettres, janvier 2017, 112 p., 20 euros.