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Réception de Jean Clair, de l’Académie française, sous la Coupole

retransmission de la cérémonie du 18 juin 2009
Jean Clair, élu en mai 2008, est reçu sous la Coupole par Marc Fumaroli le jeudi 18 juin 2009. Il prend la succession, au fauteuil 39, de Bertrand Poirot-Delpech. Ses parrains sont Florence Delay et Erik Orsenna. Ecoutez la retransmission intégrale de cette réception qui fut aussi une réflexion sur l’art.


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Référence : COU520
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/cou520.mp3
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Date de mise en ligne : 18 juin 2009




Jean Clair accompagné de Hélène Carrère d'Encausse, Secrétaire perpétuel de l'Académie française et Marc Fumaroli de l'Académie française
Jean Clair accompagné de Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française et Marc Fumaroli de l’Académie française
© Canal Académie

Jean Clair a commencé son discours par une méditation sur le nom : Bertrand Poirot-Delpech, comme tant d’autres écrivains de son époque, portait un double nom... Est-ce signe d’un trouble biographique ? Pourquoi ont-ils ainsi avancé sur trois pieds ? Le nom est un destin. Le sien fut-il divisé, brisé, fracturé ? Or, Bertrand Poirot-Delpech avait été dès son jeune âge orphelin de père. Il tenait le nom Poirot de sa grand-mère et le nom Delpech de sa mère. L’auteur du Grand dadais (1958) et des Grands de ce monde (1973), cachait volontiers sa tendresse. Il aimait la mer et la navigation solitaire.

Jean Clair rappelle ce mot qu’un jour Mauriac aurait lancé au jeune Poirot-Delpech : "élève Poirot-Delpech, quand cesserez-vous de ricaner ?" Ce mot, ricaner, donne prétexte à Jean Clair à une autre interrogation : remarquant que ricaner, c’est presque crâner, faut-il penser que l’élève Poirot-Delpech avait institué là un système de défense ? Fut-il bon, méchant, sage, bouffon, de droite, de gauche ? comment le découvrir ?

Jean Clair l’avoue : ce discours a été pour lui la première occasion de lire Bertrand Poirot-Delpech que tout, jusque là, avait tenu éloigné de lui. Il n’aimait ni le monde qu’il fréquentait, ni le journal qu’il dirigeait... Qu’est-ce qui les rapproche ?

Bertrand Poirot-Delpech (1929-2006)
Bertrand Poirot-Delpech (1929-2006)

Un certain sens de l’engagement sans doute. Cependant, Poirot-Delpech appartient à une génération trop jeune pour s’engager, 7 ans en 36, 15 ans en 45. Et après la guerre, quel espace restait-il entre le gidisme et le sartrisme pour un jeune intellectuel ? Un point rapproche les deux hommes : ce sens de l’engagement, ils l’ont acquis dans le scoutisme. Poirot-Delpech fait en effet souvent référence à Guy de Larigaudie et à ses lectures de la fameuse patrouille des Castors que Jean Clair a fréquentées lui aussi.

Jean Clair évoque aussi le choc terrible, la souffrance brutale que fut pour son prédécesseur la découverte des déportés. En 1945, il s’était en effet engagé dans les équipes du Lutétia qui se portait à leur rencontre. Il s’en souviendra quand il suivra jusqu’au bout le procès Barbie à Lyon. C’est ainsi que sous le masque de la courtoisie mondaire, on découvre un homme grave. Seuls quelques écrits confidentiels, comme le discours sur la vertu qu’il a prononcé à l’Académie, dévoilent ainsi l’homme profond.

Le discours de Marc Fumaroli

Marc Fumaroli de l'Académie française
Marc Fumaroli de l’Académie française
© Canal Académie

Accueillant son nouveau confrère à l’Académie, Marc Fumaroli a rappelé qu’il s’embarquait sur un vaisseau qui fluctue beaucoup et ne coule jamais... Puis il a souligné que si Bertrand Poirot-Delpech portait un double nom, Jean Clair lui avait une double identité : l’une reçue (Gérard Régnier de son nom de naissance), l’autre choisie (Jean Clair, en référence à René Clair, l’éminent cinéaste).

Gérard Régnier est enraciné dans la terre, celle du Morvan et celle de Mayenne. Et tout jeune il use de l’un des droits de l’homme les plus essentiels : le droit de s’en aller. Il fait une fugue, il a 14 ans, et se retrouve à Venise. Retour à Pantin. Pas pour longtemps car le futur Jean Clair est animé d’un vif désir d’élargissement du monde qu’il va parcourir en tous sens, l’Ancien et le Nouveau, tel un nomade moderne et cosmopolite.

Jean Clair est à la fois moderne et résolument critique de la modernité. Grâce à son mentor Brice Parrain -dont Marc Fumaroli rappelle l’importance- le jeune Jean Clair va bientôt, à Paris, fréquenter les milieux littéraires et se retrouver chez Gallimard où son premier roman est publié. Il a 22 ans. Parallèlement à cette carrière d’écrivain qui commence, il entame une deuxième carrière, celle de conservateur de musée, et même une troisième, comme cinéaste. Et il mènera de front toute sa vie les deux premières, répondant ainsi à sa double vocation d’écrivain et "d’artisan muséal".

Marc Fumaroli se lance alors dans un vibrant plaidoyer sur l’art du portrait. Il rappelle combien l’art du buste sculpé, l’art du portrait peint, étaient vivants aux XVII è et XVIIIè siècles. L’Institut de France conserve d’ailleurs de très nombreux bustes d’académiciens. Mais il déplore, en "grand regretteur", cette tradition perdue, l’éclipse puis la désormais absence de l’art du portrait. Et il ne peut s’empêcher de souligner que cette absence est contemporaine du déclin des égards entre les vivants, et de la piété envers les morts. Et ce n’est ni la photographie ni les images télévisées qui peuvent assurer le remplacement.

Seul, l’art du portrait verbal est resté vivant sous cette Coupole, puisque l’Académie y manifeste un grand respect des rites et un vif amour du langage.

En faisant cette réflexion sur l’art du portrait et son éclipse, Marc Fumaroli dresse aussi le portrait de Jean Clair, lequel, dans ses nombreux essais, catalogues, notices, retrospectives et expositions, s’inscrit en faux contre l’oubli. Toutes les expositions à l’initiative de Jean Clair ont fait date. Pourquoi ? Parce qu’il a refusé le simple alignement chronologique pour proposer une exposition qui éclaire un mythe, un thème, par une mise en scène pédagogique qui instruit le visiteur. Que l’on se souvienne des expositions au Musée Pompidou sur Marcel Duchamp, celles sur Balthus (grand ami de Jean Clair, écoutez notre émission Balthus par Jean Clair, de l’Académie française), celle sur la Vienne de François-Joseph, ou celles du musée Picasso (dont Jean Clair fut le directeur). Sans oublier l’exposition "l’âme au corps" organisée avec Jean-Pierre Changeux, de l’Académie des sciences.

Reste que Jean Clair a fait une carrière pour le moins originale dans le monde des musées, que sa voix doit parfois s’enflammer de colère pour se faire entendre... "Une position pas commode" reconnaît Marc Fumaroli, qui explique ainsi les humeurs, les impatiences, les hésitations et les colères de son confrère qui a, dit-il, "le coeur et les sens éveillés à l’agonie des choses"... Irritation et passion caractérisent le style Jean Clair.

Pour lire l’intégralité des deux discours, consulter le site de l’Académie française : www.academie-francaise.fr

- Les discours de cette réception sont parus aux éditions Gllimard (2009).

Pour lire la fiche sur Bertrand Poirot-Delpech www.academie-francaise.fr

Pour écouter Bertrand Poirot-Delpech évoquer son confrère le commandant Jacques-Yves Cousteau, de l’Académie française, évoqué par Bertrand Poirot-Delpech






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