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L’Essentiel avec... Max Gallo, de l’Académie française

entretien avec Jacques Paugam
L’univers de Max Gallo, élu à l’Académie française en 2007 au fauteuil 24, succédant à Jean-François Revel, se situe quelque part entre Jules Michelet, Ernest Lavisse et Alexandre Dumas, tel est du moins le sentiment personnel de notre collaborateur Jacques Paugam qui, selon la manière habituelle de sa rubrique "l’Essentiel avec..." pose à l’historien et romancier 7 questions essentielles.


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Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : HAB560
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hab560.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida5263-L-Essentiel-avec-Max-Gallo-de-l-Academie-francaise.html
Date de mise en ligne : 20 décembre 2009

Max Gallo vient de publier, en cette fin d’année 2009, deux ouvrages :
- Le roman des Rois (Fayard), le destin des Capétiens, Philippe Auguste, Saint Louis, Philippe Le Bel
- Histoires particulières (CNRS Editions), entretiens avec le journaliste Paul-François Paoli, un ouvrage qui révèle bien des aspects de la personnalité de Max Gallo.

Max Gallo, de l'Académie française
Max Gallo, de l’Académie française

1ère question : dans votre carrière, quel a été, à vos yeux, le moment essentiel ?

- "Il concerne un académicien auquel j’ai succédé, Jean-François Revel. Il a beaucoup compté dans ma vie. En mai 68, j’étais professeur à la faculté des lettres de Nice ; au contact des étudiants, je n’étais pas pris par l’illusion ou l’utopie de ce moment, et j’ai, en spectateur engagé (selon l’expression de Raymond Aron) écrit un petit livre "Gauchisme, réformisme et révolution ?" et j’ai appris que Revel, que je lisais depuis longtemps sans le connaître, avait lancé une collection "Contestations", aux éditions Robert Laffont. J’ai fait un paquet de mon manuscrit et le lui ai adressé. Il l’a publié et m’a demandé si j’étais intéressé par la direction des collections d’histoire chez Robert Laffont. Après hésitation, et après le climat post-68 délicat, j’ai accepté tout en restant professeur à Nice. J’ai tissé des liens très amicaux avec Laffont, et aussi avec Revel. L’édition et l’écriture, mon rêve depuis l’adolescence... La réponse généreuse de Revel a bouleversé ma vie, personnelle et professionnelle".

Autre moment-clé des débuts de la carrière de Max Gallo :

"Lorsque je dirigeais la collection "Vécu" (avec Charles Ronsac), je devais trouver des sujets et des auteurs : dans un wagon-lit, lisant France-Soir, je découvre Martin Gray, survivant de Treblinka, ancien de l’armée soviétique, milliardaire américain, qui venait de perdre toute sa famille dans les incendies près de Cannes. Il y avait là un sujet et j’ai pris contact. Martin Gray m’a appris que Joseph Kessel lui avait proposé d’écrire sa vie. Si Kessel voulait le faire, pourquoi pas moi ? C’est ainsi que j’ai rédigé Au nom de tous les miens... Je n’étais pas "écrivain fantôme" puisque sur la couverture il était précisé "récit recueilli par Max Gallo" et c’est devenu un best-seller mondial. Cela a débloqué mon écriture et joué un grand rôle pour moi. Le Cortège des vainqueurs a alors pu naître (ma thèse portait sur le fascisme italien). Etant d’origine italienne, j’avais entendu ma mère et mes parents raconter cette période".

2ème question : qu’est-ce qui vous parait essentiel à dire sur votre domaine d’activité aujourd’hui ?

- "Très difficile, cette question ! Je ne suis pas du tout, hélas, Alexandre Dumas... je ne suis pas dans sa lignée, malgré ce que vous en pensez ! A cause de ma formation universitaire, je ne me départis jamais dans mon récit de ce qui est attesté par la recherche historique. Ma réflexion d’historien, c’est qu’on n’épuise jamais un sujet. On n’invente pas, on est tenu de respecter les sources ; sources qui ne sont qu’un îlot dans l’océan du passé. Mais comme romancier, je m’autorise des hypothèses que j’estime rigoureuses. Mon idéal serait que le spécialiste historien de la période que je traite ne trouve rien à redire sur le fond historique et documentaire de mes romans. J’appartiens à une génération "surplombée" par l’Ecole des Annales, avec des professeurs imprégnés de marxisme, dans laquelle on privilégie non pas les individus mais les grands mouvements. Prenez l’exemple de Napoléon et la manière dont il était présenté. Je crois pour ma part à l’utilité de faire surgir les personnalités et d’essayer de les faire comprendre".

3ème question : votre regard sur l’évolution du monde et notre société française, si vous n’aviez qu’une chose essentielle à dire ?

- "La démocratie, est fragile. J’ai toujours essayé, c’est mon éthique, de ne pas faire l’apologie de la violence, du fanatisme. C’est le devoir de tout intellectuel. Ne pas favoriser les solutions qui conduisent à la violence. Car nos sociétés sont fragiles."

- Ayant participé à la réflexion menée par l’Institut Montaigne sur l’identité nationale, Max Gallo aborde aussi le sujet de la "fragmentation" et "l’assimilation" : "une assimilation réussie ne peut être que lente ; or nous sommes des sociétés impatientes, qui vivont dans l’instantanéité, l’intégration de communautés différentes ne peut pas être immédiate. C’est vrai de toutes les immigrations (mes parents étaient originaires de l’immigration italienne). Il reste en vous une part irréductible du pays d’origine. L’assimilation réussie ne suppose pas que l’on détruise en soi une mémoire, des goûts, une religion différentes. Cette part-là, si elle n’empêche pas l’assimilation, est un enrichissement pour la communauté dans son ensemble. L’apport de l’étranger est un apport positif à condition qu’il y ait cette assimilation".

Max Gallo insiste ensuite sur les deux choses qui définissent un Français : la langue française ("parler une langue, c’est penser d’une certaine façon ; quand je parle italien, je ne pense plus de la même manière") et la laïcité ("le lent travail pluriséculaire qui nous a conduits, après des conflits religieux historiques tragiques, à imposer la laïcité comme solution au problème de la violence entre communautés"). En ce sens, il explique comment 1905 est un moment capital.

La France ? une passion ! "né en 1932, j’avais 12 ans en 44. Mon père faisait de la Résistance, j’ai vécu la Libération de Nice et pour moi la France a été un pays fier de lui-même. Tous les journaux portaient des titres patriotiques ! La fierté française était dans mon atmosphère. Aimer la France, c’est tout assumer. Ce qui ne signifie pas tout approuver mais tout regarder en face, y compris les cruautés, les crimes, les aberrations commises. Ne pas voir un seul côté de la réalité".

La rupture avec le communisme ? "Je n’ai jamais été un maxiste orthodoxe ! Je crois à la liberté et à la responsabilité de chacun d’entre nous, ce qui signifie que dans l’histoire, je crois à la loi de la surprise, pas à celle des déterminismes !"

4ème question : pour vous, quel est la plus grande hypocrisie de notre temps ?

- "Peut-être diaboliser l’autre. Ne vouloir regarder qu’un seul aspect des choses. Refuser de voir ou de dire, c’est ou de la cécité ou de l’hypocrisie".

5ème question : l’évènement ou la tendance de ces dernières années qui vous laissent le plus d’espoir ?

- "Le taux de la natalité française parce que cela signifie que ce pays passe de l’abîme à l’espérance (pour reprendre l’expression de De Gaulle). Ce qui me rend optimiste, c’est que notre pays a de grandes ressources".

- "Le personnage qui déclenche en moi, plus que de la fascination, une certaine tendresse, c’est De Gaulle. De tous ceux que j’ai essayé de peindre, de comprendre, il est celui qui me touche le plus. Pensez à la photo où on le voit sur la plage avec sa fille handicapée dans les bras. Son sentiment du devoir et du destin pour la France était immense et sa sensibilité aigüe, maîtrisée. Je suis sensible à ses textes que je relis et qui m’émeuvent".

6ème question : si vous voulez bien répondre à cette question très personnelle : quel a été le plus grand échec de votre vie et comment l’avez-vous surmonté, ou tenté de le surmonter ?

- "L’échec de ma vie, j’en parle avec réticence mais j’en parle tout de même : le suicide de ma fille à 16 ans (1972). De ce point de vue, ma vie est profondément un échec. Au fond de moi, tout ce que j’ai réussi et réalisé, n’a pas d’importance face à cet événement. L’énergie que l’on porte en soi peut aveugler, celui qui veut créer, quelle que soit la qualité de sa création, est emporté par une sorte de sur-moi, un "égoïsme sacré", une impossibilité de renoncer. Mais le choix est toujours lucide. Je faisais confiance à l’intelligence de cette enfant sans mesurer les forces de destruction".

7ème question : Aujourd’hui, quelle est votre motivation essentielle ?

- "Exprimer ce que je ressens comme indispensable à dire. Quand je n’écris pas chaque jour, j’ai le sentiment que mon existence ne vaut rien... "

Et pour terminer, Max Gallo évoque le personnage de Jack London, Martin Eden, l’un de ses "modèles" qui l’a fortement marqué, méditant sur la réussite et la vanité du parcours.

Une citation de Gramci pour finir : "le pessimisme de la raison, c’est l’optimisme de la volonté". Et écoutez la conclusion de Max Gallo "le pire est toujours sûr"... et en même temps, "rien ne vaut rien, il ne se passe rien, et cependant tout arrive et c’est indifférent" (phrase de Nietzsche citée par De Gaulle). Confidence ultime : à Colombey les Deux Eglises, dans le cimetière, où De Gaulle est enterré avec sa fille Anne. "ma fille aussi s’appelait Anne. Et là, j’ai éclaté en sanglots".

Consulter la fiche de Max Gallo sur le site :

http://www.academie-francaise.fr/immortels/index.html