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Rembrandt (1606-1669) par André Malraux

extraits sonores du film "Journal de voyage d’André Malraux à la recherche des arts du monde entier."
Dans cet extrait du film de Jean-Marie Drot, "Journal de voyage avec André Malraux, à la recherche des arts du monde entier", laissez-vous guider sur les pas d’un des maître du clair-obscur : André Malraux vous plonge dans l’univers pictural de Rembrandt (1606-1669).


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Référence : foc581
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Date de mise en ligne : 19 août 2010

En 13 films d’environ 52 minutes chacun, Jean-Marie Drot retrace le voyage artistique d’André Malraux. Nous voilà au cœur de la pensée esthétique de celui qui fut Ministre de la culture de 1959 à 1969. Du Moyen-Orient jusqu’au Mexique en passant par le Japon, la Grèce, la caméra de Jean-Marie Drot a suivi cet homme passionné d’art qui aura passé 50 ans de sa vie à en déchiffrer les arcanes.


André Malraux en 1974, à Verrières-le-Buisson.
André Malraux en 1974, à Verrières-le-Buisson.
© Louis Monier

Destination de cette promenade malrucienne : la Hollande. Amsterdam et son port, ses ruelles sombres, son marché aux fleurs, véritables mines d’inspiration où Van Gogh, Rubens, Vermeer, Rembrandt ont trempé leurs pinceaux. Rendez-vous donc en Hollande avec Malraux, dans ce pays qui s’est retrouvé tour à tour sous la domination des Bourguignons et des Espagnols, mais qui n’a cessé de se construire sa propre identité culturelle. Celle-ci passe bien évidemment par l’art, avec notamment l’âge d’or de la peinture hollandaise du XVIIème siècle emmené par des maîtres comme Rembrandt.



- Rembrandt, justement : Canal Académie vous amène à sa rencontre avec pour guide André Malraux.

Dans notre retransmission, retrouvez Jean-Marie Drot qui présente ses entretiens avec Malraux, une émission proposée par Claude Carrez de Radio Chrétiennes Francophones (RCF) de Lyon, qui a bien voulu offrir cette émission à Canal Académie.

Dialogue entre la mort et l’art

Ce film, 6ème opus de la série « journal de voyage d’André Malraux » est empreint d’une émotion particulière puisque c’est le premier épisode tourné après la mort de Malraux, le 23 novembre 1976. A ce sujet, Jean-Marie Drot évoque le trouble personnel qu’il a ressenti dans la solitude de la salle de montage. La mort est donc subrepticement présente, apportant le poids de la mélancolie, mais enveloppant aussi chaque mot, chaque réflexion d’André Malraux, d’une aura quasi « prophétique. » S’instaure alors curieusement entre Rembrandt et Malraux, «  un dialogue entre la mort et l’art » selon Jean-Marie Drot qui souligne l’importance qu’avait le peintre aux yeux de Malraux : « Pour Malraux, Rembrandt est l’un des peintres qui réintroduit la métaphysique dans la peinture, mais c’est aussi l’un de ces peintres qui assure par son œuvre une victoire sur la mort. » D’un côté le peintre, de l’autre l’homme politique et au milieu d’eux comme un pont-en-fils-d’araignée, les épreuves de la mort, la douleur de la perte de l’être cher. André Malraux a perdu ses deux demi-frères durant la Seconde Guerre mondiale, sa première femme et les deux fils qu’elle lui avait donnés moururent dans des accidents de la route. Rembrandt a aussi perdu trois de ses fils peu de temps après leur naissance. En 1642, Rembrandt peint sa « Ronde de nuit », une œuvre qui a souvent été considérée comme marquant un tournant dans sa peinture. Est-ce parce que Saskia, sa femme, mourra de la tuberculose cette même année 1642 ? Cette toile a, en tous les cas, beaucoup interrogé Malraux : « Vers quoi Rembrandt pousse-t-il cette ronde de nuit et ces héros aux visages de terre et sa propre face…oui, vers quoi ?[…] »

En 1642, Rembrandt perd sa femme Saskia alors qu'il peint <i>La ronde de nuit</i>
En 1642, Rembrandt perd sa femme Saskia alors qu’il peint La ronde de nuit

La lumière

L’œil de Malraux est surpris par la lumière qui se dégage des tableaux de Rembrandt. Le maître du clair-obscur, « avait fait une puissante découverte, c’est la puissance émotive de la lumière, » explique Jean-Marie Drot. Malraux considérait cette lumière comme unique : « C’est parce qu’il n’imite pas la lumière, qu’il trouve la sienne. » Comparée à un autre scénographe que fut Caravage, la lumière de Rembrandt se moque d’une quelconque logique ou d’un trop simple respect de la réalité. Sa lumière crée des ombres arbitraires, elles ne respectent pas leurs places. Caravage, quant à lui, peignait dans une cave de façon à avoir comme seule source de lumière, le soupirail et donc restait le plus fidèle possible à la réalité. Jean-Marie Drot cite le tableau Trois Croix (1653), où il note la présence de cette lumière surnaturelle qui tombe sur la Croix du Christ. D’où vient-elle cette lumière ? Rembrandt s’en moque, la nuit n’a pas encore entièrement tiré ses rideaux, libre à lui de faire éclater cette belle puissance émotive par le biais de cette lumière irréelle. Dans sa vie même, Rembrandt semblait entretenir une relation particulière avec la lumière. Malraux rappelle qu’à la fin de sa vie, ses voisins le surnommaient le hibou, car il ne sortait de chez lui que la nuit. Et ne vous trompez pas, le monde de la nuit ne l’intéressait que pour y « chercher la lumière au creux même de la Ténèbre... » Dans ce goût pour le sombre, Rembrandt réalisa aussi de nombreuses monographies.

Les trois croix (1653)<i>« C'est parce qu'il n'imite pas la lumière, qu'il trouve la sienne. » </i> André Malraux
Les trois croix (1653)« C’est parce qu’il n’imite pas la lumière, qu’il trouve la sienne. » André Malraux

L’autoportrait

Rembrandt, autoportrait de 1660
Rembrandt, autoportrait de 1660

Outre les scènes bibliques, Rembrandt avait pour thème de prédilection le portrait. Il en fit une activité constante puisque de 20 à 63 ans, il aura peint, gravé, dessiné son visage près d’une centaine de fois. Comme le faisait souvent Rubens, Rembrandt se mit lui-même en scène. Dès 1625, dans La lapidation de Saint-Etienne, Rembrandt apparaît. Au milieu de princes, d’ermites, de prophètes, multipliant les poses et les costumes, il sort de l’anonymat du créateur pour se mettre en jeu lui-même. Sur L’érection de la Croix (1633), on peut le voir au centre, parmi ceux qui crucifient le Christ. Dans Rembrandt and Saskia in the Scene of the Prodigal Son in the Tavern (1635-1636), il se met même en scène avec sa femme Saskia. Levant un verre, il préfigure l’épicurien qui, une prostituée sur ses genoux, se laisse aller aux tentations de la vie… Triste prédiction quand on sait que le peintre est mort seul, ruiné, dans les grabats de son atelier.

Rembrandt a multiplié les autoportraits. Ici, détails de de <i>L’érection de la croix</i>  (1633)
Rembrandt a multiplié les autoportraits. Ici, détails de de L’érection de la croix (1633)

- Par la voix ou la voie d’André Malraux, laissez-vous conter Rembrandt et guider vers « cette lente et patiente plongée dans le monde pictural de Rembrandt dont l’art pour la première fois va toucher à l’âme. » (André Malraux)






En savoir plus :

- Retrouvez les 13 films de Jean-Marie Drot édités en DVD (2 coffrets avec photos et textes) par Doriane films

- Retrouvez toutes les émissions de Canal Académie sur André Malraux :
- Malraux : épidémiologie d’une légende.
- L’influence française en Inde, André Malraux
-  Malraux et Nehru
- Il y a 50 ans, André Malraux se voit confier le ministère des Affaires culturelles par de Gaulle
- Emile Biasini, bras droit de Malraux
- Christine Clerc : De Gaulle-Malraux
- Francisco Goya ( 1746-1828) par André Malraux






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