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Marc Fumaroli : ma conférence à Shanghai Patrimoine et identité nationale

Ce que l’académicien, de l’Académie française, souhaite dire aux Chinois... et à nous aussi !
Découvrez avec Marc Fumaroli de l’Académie française et de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, le thème de la conférence qu’il a présentée au Pavillon de France au sein de l’Exposition Universelle de Shanghai. Il l’a intitulée « Patrimoine et identité nationale ».


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Émission proposée par : Anne Jouffroy
Référence : CARR697
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/carr697.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 4 juin 2010

L’Institut de France est présent, en effet, à l’Exposition Universelle de Shanghai 2010 et ceci de deux manières : d’une part, la projection d’un court-métrage et d’autre part plusieurs rendez-vous de qualité avec quelques-uns de ses illustres membres. Six académiciens prononceront différentes conférences sur place entre mai et octobre 2010.

Chacun sait que les concepts qui définissent l’identité nationale changent selon les époques. Parmi ces variantes, toutefois, il en est une qui dépasse les contextes sociaux et historiques du moment : la fidélité à soi-même. Le patrimoine est alors une des principales racines de l’identité nationale ; la connaissance de ce patrimoine, en effet, assurant « la fidélité à soi-même dans la modernité ».

Marc Fumaroli a souhaité évoquer ce thème à Shanghai pour essayer d’apporter au public chinois une piste lui permettant de résoudre un problème qui le concerne particulièrement à l’orée du XXIe siècle : « Comment s’aventurer vers l’avenir en renouant avec un passé plus ou moins lointain englouti par des événements historiques récents ? » Au XXe siècle la Chine connut une véritable abrasion de la mémoire philosophique et - dans une certaine mesure - religieuse de sa période classique. Les professeurs, les héritiers des grandes traditions, les collectionneurs de l’art classique ont été brutalisés et même assassinés par les Gardes Rouges de Mao. Les trésors légués par les siècles passés furent arasés par une idéologie qui actuellement essaie de se racheter en s’adjoignant une dose capiteuse de capitalisme. Ce traumatisme est un des éléments secrets de la Chine actuelle.

L'Institut de France, siège de cinq académies, est au cœur du patrimoine culturel français
L’Institut de France, siège de cinq académies, est au cœur du patrimoine culturel français

En France nous disposons d’un instrument de travail pour éviter, autant que possible, ces traumatismes bien connus de toutes les nations quand elles accèdent à la modernité : ce sont nos institutions patrimoniales - institutions de mémoire et de conservation - liées à l’État et apparues au cours du XVIIe siècle et au début du XVIIIe. Ces organes patrimoniaux sont des Académies ou cercles de savants et d’artistes. Il s’agit pour les siècles évoqués de l’Académie française et des académies de Peinture et Sculpture, d’Architecture, des Sciences et des Inscriptions et Belles-Lettres.

En 1635 le cardinal de Richelieu eut l’idée de créer l’Académie Française ; il donna ainsi à la langue française le statut d’une langue classique. Les meilleurs écrivains ou les plus doués des locuteurs réunis à l’Académie rédigèrent une grammaire, un traité de rhétorique et une liste de classiques auxquels on peut se référer encore de nos jours. Ceci a permis aux Français de lire et écouter des textes du XVIIe siècle comme s’ils avaient été écrits hier. Colbert, ministre de Louis XIV, compléta en 1663 le système en développant l’Académie royale de Peinture et de Sculpture, créée en 1648. Il dota ainsi le royaume d’une formation des artistes qui permit de maintenir d’une génération à l’autre l’idée d’un style français. Les traits propres aux arts français furent reconnus par la nation elle-même et par les pays étrangers.

L’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, née en 1663, était destinée à maintenir et à augmenter le capital des connaissances du lointain passé dont disposait la nation française. Depuis plus de trois siècles des savants y étudient l’Antiquité - grecque, romaine, égyptienne, gauloise - et les Antiquités orientales. L’étude en France du sanskrit, du mandarin, du japonais et d’autres langues orientales doit beaucoup à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Ainsi la connaissance de l’ensemble des grandes traditions linguistiques et artistiques de l’humanité était et est toujours garantie par un corps de savants parmi les meilleurs d’Europe.

Avec la création de l’Académie des Sciences en 1666, Paris devint, avec Londres, une des capitales de la science moderne.

Enfin, l’Académie royale d’Architecture suivit en 1671. En isolant l’architecture des autres champs artistiques il s’agissait de lui donner une sorte de prééminence et de marquer qu’elle était bien la mère de tous les arts.

La nation française dotée d’institutions de mémoire et d’organes mnémotechniques dispose d’une sorte de conservatoire du passé dans lequel on peut puiser une distance, un recul et trouver un moyen terme entre les leçons du passé et la connaissance de la situation toujours nouvelle de la modernité. Le respect du principe du patrimoine apporte à tous les pays, tous les groupes et tous les individus, une audace contrôlée, une vision intelligente et éclairée de la meilleure politique à mener pour répondre aux contingences de la modernité tout en restant fidèle à soi-même.

En savoir plus :

Marc Fumaroli a été élu au 6e fauteuil de l’Académie française en 1995 et à l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1998.

Voir sa fiche sur le site de l’Académie française

Nos autres émissions avec Marc Fumaroli :

Marc Fumaroli : Paris-New York et retour

Le Caravage à Malte : le regard de Marc Fumaroli, de l’Académie française

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