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Transmission des savoirs : les traditions orales du Caucase et de l’Arménie

Titans et géants dans les mythes caucasiens, avec Jean-Pierre Mahé, de l’Académie des inscriptions et belles-lettres

Jean-Pierre Mahé, de l’Académie de inscriptions et belles-lettres, raconte les traditions orales du Caucase. Si l’écrit emprunte parfois à l’oralité, l’oralité, elle, ne se nourrit pas de l’écrit et pourtant on peut se demander si elle ne fut pas enfermée dans l’écrit ou « si elle ne fut pas étroitement encadrée par l’écrit ». Pour comprendre la littérature arménienne du Ve au XIXe siècles, il faut poser la question de l’oralité. Jean-Pierre Mahé, professeur de philologie, historiographe du Caucase chrétien, explique ainsi les mythes fondateurs de Prométhée, de Mher le maudit et de quelques autres géants...


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Au Ve de notre ère, dans le Caucase, l’écriture est une invention très spécialisée impulsée pour répondre à des besoins ecclésiastiques : traduire l’Écriture, faire des lectures publiques de la Bible et célébrer la liturgie. Du fait même de son extrême spécialisation au service de la religion chrétienne, elle laissait libre tout le champ des activités humaines encore investi par la mythologie païenne. L’historiographie chrétienne intégra, bon gré mal gré, des pans entiers d’épopées populaires mais l’oralité continua de fleurir à toutes les époques, à la fois sous des formes longues (contes, mythes et légendes) et sous des formes plus concentrées (lois, fables, anecdotes, chansons, proverbes, énigmes).

Á la fin du XIIe siècle on assista, dans le Caucase, au passage du droit oral au droit écrit. Puis, au XIIIe siècle, le proverbe oral devint fable écrite, avec une morale en guise de conclusion. Mais l’écriture n’a jamais réussi à étouffer l’oralité traditionnelle caucasienne.

Encore à la fin du XIXe siècle, les Arméniens, situés à la périphérie du Lac de Van, perpétuaient, sous l’autorité des Ottomans, les mœurs de leurs ancêtres. Au moment des moissons, les communautés villageoises louaient des équipes de travailleurs saisonniers toujours accompagnées d’un maître-conteur et deux ou trois apprentis-conteurs pour animer les veillées. Chantant, psalmodiant, déclamant des vers, avec ou sans accompagnement musical, en continu ou en répliques alternées, le barde et ses disciples relataient les exploits des héros, des géants fabuleux et en particulier ceux du titan captif Mher -appelé Prométhée chez les Grecs. Héros antique qui défia Dieu. Pour sa punition il sera enchaîné à une roche à flanc de montagne.

Le mythe de Prométhée : un phénomène pan-caucasien

Georges Charachidzé, spécialiste du Caucase publia il y a une vingtaine d’années un ouvrage intitulé « Prométhée ou le Caucase » dans lequel il écrivit que les deux termes (« Prométhée » et « Caucase ») ne vont pas l’un sans l’autre. Ils sont presque interchangeables !
L’histoire d’un titan rival de Dieu puis captif au creux de la roche fut le mythe le plus ancien et le plus fédérateur du Caucase.
Les 35 familles linguistiques caucasiennes eurent toutes, plus ou moins, un mythe prométhéen dans(...)


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