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Du baroque au classicisme : Rubens, Poussin et les peintres du XVIIe siècle

avec Nicolas Sainte Fare Garnot à propos de l’exposition au Musée Jacquemart-André à Paris
Le commissaire de cette exposition Nicolas Sainte Fare Garnot offre une nouvelle lecture de l’histoire de la peinture. Pour la première fois il est démontré que le courant baroque flamand a marqué de son empreinte l’art en France au début du XVIIe siècle tandis que, pendant la seconde moitié du siècle, c’est l’école française classique qui influence à son tour l’Europe des arts.


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Émission proposée par : Krista Leuck
Référence : CARR743
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Date de mise en ligne : 28 novembre 2010
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L’ objectif principal de cette exposition : illustrer l’importance de l’influence de la peinture baroque flamande au début du XVIIe siècle et son intégration progressive par les artistes français. Et l’essor de l’art classique français dans la seconde moitié du siècle va à son tour marquer l’art flamand.

Ce renversement d’influences qui s’est opéré entre ces deux écoles au cours du XVIIe siècle ouvre une perspective tout à fait nouvelle sur les courants artistiques dans l’histoire de la peinture.

Eustache Le Sueur (1616-1655), <i>Allégorie du Ministre parfait</i>, 1653, Musée des Beaux-arts, Dunkerque © Direction des Musées de Dunkerque, MBA, Ph. Claude Thériez
Eustache Le Sueur (1616-1655), Allégorie du Ministre parfait, 1653, Musée des Beaux-arts, Dunkerque © Direction des Musées de Dunkerque, MBA, Ph. Claude Thériez

Un véritable cours d’histoire et d’histoire de l’art

Nicolas Sainte Fare Garnot nous rappelle d’abord le contexte historique fort complexe de l’époque de la Flandre, des Pays-Bas espagnols et de la France avant d’aborder les courants de la peinture du XVIIe siècle.

Il nous trace ensuite les grandes lignes de ce fabuleux enrichissement artistique mutuel.

Pierre Paul Rubens (1577-1640), <i>Le Bain de Diane</i>, 1635-1640, Museum Boijmans van Beuningen, Rotterdam © Loan Netherlands Institute for Cultural Heritage (ICN), Rijswijk/Amsterdam, on loan to Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam
Pierre Paul Rubens (1577-1640), Le Bain de Diane, 1635-1640, Museum Boijmans van Beuningen, Rotterdam © Loan Netherlands Institute for Cultural Heritage (ICN), Rijswijk/Amsterdam, on loan to Museum Boijmans Van Beuningen, Rotterdam

Dès son couronnement, Henri IV promeut une ambitieuse politique de commandes publiques qui touche aussi bien les bâtiments que les beaux-arts. De nombreux artistes flamands sont alors présents à Paris. Et dès le début de sa régence en 1610, Marie de Médicis confirme cette orientation. Elle fait appel au plus prestigieux d’entre eux, Pierre Paul Rubens, pour réaliser le décor du Palais du Luxembourg, une réplique du Palazzo Pitti à Florence.

Le mouvement baroque

Depuis la fin du XVIe siècle, un grand courant traverse toutes les contrées de l’Occident, le mouvement baroque. Un art qui s’exprime dans les différents domaines de l’activité créatrice – science, philosophie, aussi bien qu’architecture, sculpture, peinture ou arts décoratifs. Un art qui cherche à émouvoir par le mouvement, le rythme, la couleur, un art de « l’affect » comme disent les Anglais. Ce courant irrigue tous les pays de l’Europe catholique, du sud au nord, de l’Italie en Allemagne, de l’Espagne aux Flandres. C’est d’abord par l’intermédiaire du grand genre que l’école baroque flamande s’impose sur la scène parisienne. La prédominance flamande sur la scène artistique française s’exprime également dans les autres genres picturaux, paysages, natures mortes ou scènes de genre, qui séduisent une clientèle urbaine et bourgeoise. Le bourg Saint Germain-des-Prés, alors situé à l’extérieur de Paris, n’est pas soumis aux mêmes règles professionnelles que la capitale. Une importante communauté de peintres flamands peut s’y installer. Cette forte présence flamande en France incite des artistes français à adopter les sujets et les modèles flamands devenus à la mode.

David II Teniers (1610-1690), <i>Une Fête villageoise</i>, vers 1650, Collection privée, courtesy Michael Tollemache, London © Michael Tollemache Fine Art, London
David II Teniers (1610-1690), Une Fête villageoise, vers 1650, Collection privée, courtesy Michael Tollemache, London © Michael Tollemache Fine Art, London

Le classicisme parisien

Sous le règne de Louis XIII, puis sous la régence d’Anne d’Autriche, une nouvelle forme d’expression picturale voit le jour ; elle est portée par des artistes qui revendiquent leur appartenance à une école nationale et développent leurs propres principes d’écriture. C’est le cas d’Eustache Le Sueur et de Laurent de La Hyre qui cultivent un style épuré où priment le dessin et la composition. C’est avec eux que naît une école française détachée de toute influence flamande ou italienne. Mais c’est surtout Nicolas Poussin qui confirme la force du courant classique. Lorsque l’Académie royale de peinture et de sculpture est fondée en 1648, le style qu’elle propose est celui de Poussin.

Nicolas Poussin (1594-1665), <i>Venus pleurant la mort d'Adonis</i>, vers 1626, Musée des Beaux-arts, Caen © Musée des Beaux-arts de Caen, Martine Seyve Photographe
Nicolas Poussin (1594-1665), Venus pleurant la mort d’Adonis, vers 1626, Musée des Beaux-arts, Caen © Musée des Beaux-arts de Caen, Martine Seyve Photographe

Après cette synthèse de la scène artistique au XVIIe siècle entre les Flandres et la France, Nicolas Sainte Fare Garnot a sélectionné cinq tableaux représentatifs des deux courants, baroque flamand et classique français.

Il commence par le maître d’Anvers, Pierre Paul Rubens (1577-1640) pour commenter Allégorie du Bon Gouvernement.

Pierre Paul Rubens, <i>Allégorie du Bon Gouvernement</i>, vers 1625, Dépôt du Musée du Louvre au Musée du château de Blois, 1956 © Cliché François Lauginie/Château de Blois
Pierre Paul Rubens, Allégorie du Bon Gouvernement, vers 1625, Dépôt du Musée du Louvre au Musée du château de Blois, 1956 © Cliché François Lauginie/Château de Blois

Une toile dont l’attribution et la provenance semblent avoir été très discutées. Grâce aux recherches de Nicolas Sainte Fare Garnot, nous apprenons la merveilleuse et aventureuse histoire de la toile retrouvée à Blois au Musée du château. Plusieurs attributs liés à l’exercice du règne sont associés dans cette représentation pour évoquer la bonne gouvernance de Marie de Médicis : le sceptre, la corne d’abondance, la balance de la justice ou un globe terrestre symbolisant l’étendue de son pouvoir. La riche iconographie confirme qu’il s’agit d’une allégorie royale et non d’un portrait.

Jacques Fouquières (1580-1659) fait également partie de la sélection, et notamment un Paysage montagneux.

Jacques Fouquières, <i>Paysage montagneux</i>,1621, Huile sur toile, 118 x 199. Nantes, Musée des Beaux-Arts © RMN / Gérard Blot
Jacques Fouquières, Paysage montagneux,1621, Huile sur toile, 118 x 199. Nantes, Musée des Beaux-Arts © RMN / Gérard Blot

Jacques Fouquières apparaît en 1614 comme maître dans la guilde des peintres d’Anvers. En 1621, il vient à Paris. Il trouve en Louis XIII un commanditaire fidèle qui le nomme peintre du Roi et lui passe de nombreuses commandes. Spécialiste du paysage, Jacques Fouquières contribue à l’évolution du genre vers le classicisme. Philippe de Champaigne passa par l’atelier de ce maître et s’inspirera fortement de son œuvre. Ce tableau de Nantes est remarquable par sa taille. Les paysages de cette époque sont de petits formats pour des particuliers, alors que celui-ci est de dimensions exceptionnelles qui renforcent « l’amplitude de la composition et par son point de vue élevé à la dimension atmosphérique » (catalogue de l’exposition). Les coloris appartiennent à ce système des trois couleurs inventé déjà au XVIe siècle, le marron sombre au premier plan, le vert et ensuite le bleu pour créer une profondeur et une transparence.

Une autre œuvre de l’exposition commentée par Nicolas Sainte Fare Garnot est Le Concert des Frères Le Nain (actifs vers 1628-1650). Il y a eu trois frères Le Nain, Antoine, Louis et Mathieu…

Les Frères Le Nain, <i>Le Concert</i>, vers 1650, Musée municipal d'Art et d'Archéologie de Laon, Aisne © Studio Sébert Photographes
Les Frères Le Nain, Le Concert, vers 1650, Musée municipal d’Art et d’Archéologie de Laon, Aisne © Studio Sébert Photographes

Originaires de Laon en Champagne comme beaucoup de peintres établis au bourg de St. Germain-des-Près, les frères Le Nain pratiquent la peinture de genre et les « bambochades » (un certain parallèle avec des tableaux caravagesques très appréciés à Rome) qui assurent leur succès. Les travaux de Jacques Thuillier et de Pierre Rosenberg ont montré l’originalité et la sensibilité si particulière dont ils font preuve. A la fois grave et subtile, la peinture des frères Le Nain se distingue par l’intériorité des visages et la grâce des harmonies colorées. Cela est particulièrement remarquable dans cette œuvre Le Concert. D’une part le côté théâtral de sa composition, et une certaine emphase des personnages. A l’inverse, l’enfant et le joueur de flageolet au centre de la toile, oriente l’interprétation de l’œuvre vers une médiation sur les trois âges de la vie.

Du peintre du classicisme par excellence, Nicolas Poussin (1594-1665), M. Sainte Fare Garnot, choisit la toile Coriolan.

Nicolas Poussin, <i>Coriolan</i>, vers 1653, Musée municipal Poussin, Les Andelys © RMN/Christian Jean – Photo de presse
Nicolas Poussin, Coriolan, vers 1653, Musée municipal Poussin, Les Andelys © RMN/Christian Jean – Photo de presse

Nicolas Poussin, établi à Rome, va passer d’une écriture marquée par l’exemple vénitien à l’invention d’un classicisme « romain ». Son intérêt pour l’archéologie et l’étude des auteurs de l’Antiquité l’amènent à privilégier des épisodes qui appartiennent à l’histoire. Il choisit des sujets incitant à la réflexion, et qui proposent une méditation morale et poétique. Très vite, Nicolas Poussin, le « peintre philosophe », devient un exemple à suivre et la figure de proue de la peinture française du XVIIe siècle. La multiplication des grands chantiers jusqu’à celui du château de Versailles font de l’école française la première de l’Occident. Elle devient la référence occidentale.

Coriolan

Coriolan, ce général romain passé à l’ennemi et venu assiéger Rome, est convaincu par sa mère et son épouse de renoncer à son funeste dessein. Cette histoire « romaine » est mise en relation avec la Fronde (1648-1652) et plus particulièrement celle des princes, a priori contraints à la fidélité du fait de leur proximité avec l’héritier de la couronne. Poussin propose en conséquence une méditation sur la loyauté que l’on doit à sa patrie, et s’inspire de l’histoire pour en trouver la meilleure illustration. Un tableau caractéristique de ses dernières années. Chaque personnage est traité comme une figure antique, tout concourt à élargir l’anecdote en un propos plus général. Le Bernin remarquait que les peintures de Poussin étaient avant tout « cérébrales ».

Le dernier tableau important sélectionné parmi les œuvres de l’exposition au Musée Jacquemart-André est Le Portrait de Jean Valdor, par Bertholet Flemal (1614-1675).

Bertholet FLemal, <i>Portrait de Jean Valdor</i>, vers 1660, Collection Albert Vandervelden, Liège, © Hugo Maertens
Bertholet FLemal, Portrait de Jean Valdor, vers 1660, Collection Albert Vandervelden, Liège, © Hugo Maertens

Le « Raphaël des Pays-Bas »

En 1638, Bertholet Flemal se rend à Rome. C’est là qu’il adhère à ce mouvement de retour à l’Antiquité, comme à l’imitation des modèles de la Renaissance, à commencer par Raphaël. Il rentre à Liège et devient le chef de file de son école et forme une nouvelle génération d’artistes flamands au « goût français ». Elu membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, il est nommé professeur.

En savoir plus :

- Exposition « Du Baroque au Classicisme - Rubens, Poussin et les peintres du XVIIe siècle », au Musée Jacquemart-André à Paris, Bd. Haussmann.

Jusqu’au 24 janvier 2011.

Le site web

- Le catalogue de l’exposition « Du Baroque au Classicisme - Rubens, Poussin et les peintres du XVIIe siècle », paru à Culturespaces, éditions Fonds Mercator, 2010.

Cette publication rassemble près de soixante-dix tableaux d’artistes renommés (Rubens, Poussin, Pourbus, Champaigne, les frères Le Nain, Le Brun, La Hyre…), issus de prestigieuses collections privées et de grands musées européens. Elle comprend des contributions des plus éminents historiens de l’art, dont une mise en lumière fort détaillée de la scène artistique des Flamands à Paris par Nicolas Sainte Fare Garnot, et deux contributions de Jan De Maere, co-commissaire de l’exposition.

- Les musiques que vous entendez durant les pauses :

Jean-Baptiste Lully (1632-1687), Ballet des Arts, 1663, Ouverture, la Symphonie du Marais, Hugo Reyne, Lully, Chaconne d’Arlequin

D’autres visites en compagnie de Nicolas Sainte-Fare Garnot :
- La Nativité et de l’Adoration des Mages des maîtres italiens de Sienne et de Florence
- Les Primitifs italiens - La collection du musée d’Altenbourg






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