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Le comte de Choiseul-Gouffier, de l’Académie française, et son Voyage pittoresque en Grèce

présenté par Frédéric Barbier, professeur d’histoire et civilisation du livre à l’EPHE
La Grèce antique a fasciné nombre d’écrivains du XVIII e siècle, parmi lesquels l’académicien Choiseul-Gouffier dont Le voyage pittoresque a connu un vif succès. S’il est un peu tombé dans l’oubli, raison de plus pour Canal Académie en conviant Frédéric Barbier, directeur d’études à l’Ecole pratique des Hautes études, conférence d’Histoire et civilisation du livre, de réparer cette injustice en vous présentant ce personnage au destin non moins pittoresque que son récit !


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Émission proposée par : Hélène Renard
Référence : HAB616
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hab616.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 3 juillet 2011

Rien que le titre fait rêver ! Le voyage pittoresque de la Grèce, qui fut publié en trois volumes, en 1782, 1809 et 1824, au milieu donc du XVIIIe siècle et au début du XIXe par un auteur qui fut académicien, membre de deux académies, les inscriptions et belles-lettres et l’Académie française et qui mérite de ne pas tomber dans un total oubli : le comte Marie Gabriel Florent Auguste, comte de Choiseul Gouffier dont les dates sont 1752 (né à Paris)-1817(mort à 65 ans, à Aix la Chapelle).

Pour évoquer ce personnage, non moins pittoresque que le titre qu’il donne à son voyage en Grèce, Canal Académie a le plaisir de recevoir Frédéric BARBIER, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, IVe section, conférence d’histoire et civilisation du livre. Il est également rédacteur en chef d’une revue internationale « Histoire et civilisation du livre ».

Au début de l’année 2011, il a donné une conférence intitulée : « Le comte de Choiseul Gouffier et son Voyage pittoresque de la Grèce ». Canal Académie ne pouvait manquer de l’inviter à partager ses connaissances sur un tel académicien !

Première précision : le comte de Choiseul-Gouffier est un lointain cousin du duc de Choiseul, le ministre de Louis XV. Il fit ajouter à son nom Choiseul, le nom de son épouse Adélaïde-Marie Louise de Gouffier. Notre voyageur pittoresque et le grand duc ont pu se connaître puisque le duc, disgrâcié en 1770 et exilé à Chanteloup, a reçu le jeune cousin chez lui. Le duc ne mourra qu’en 1785, alors que notre héros a publié son premier tome en 1782 - ce qui facilita son entrée à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et son élection à l’Académie française en 1783.

Marie-Gabriel Florent Auguste de Choiseul, avant d’être marié, a suivi des études classiques. Et l’on peut admettre que l’élément déclencheur de son attirance pour la Grèce fut sa rencontre avec Jean-Jacques Barthélémy, l’auteur du Voyage d’Anacharsis (qui fut un grand succès, publié en 1788, en 4 volumes). Barthélémy, érudit, orientaliste, numismate, était membre de l’Académie des inscriptions en 1747, et entra à la Française en 1789 (dernier académicien élu dans l’ancienne académie française).

Un observateur attentif et talentueux !

Choiseul-Gouffier ne s’est pas contenté de rêver d’une Grèce sur papier ! Il effectue son premier voyage en Grèce. Il a 24 ans en 1776, sur la frégate Atalante, commandée par le marquis de Chabert, féru d’astronomie. Frédéric Barbier donne ici toutes les précisions sur ce voyage qui porte bien son qualificatif : pittoresque ! Car Choiseul-Gouffier ne se contente pas d’admirer les ruines. Il s’intéresse aussi, tel un ethnologue, aux Grecs de son temps. Il compte parmi les scientifiques choisis pour de telles expéditions au Moyen-Orient. À son retour, il publie son 1er volume, en 1782, qui est tout à la fois un récit de voyage, un journal de bord, une observation d’archéologue, et l’oeuvre d’un dessinateur puisque lui-même était artiste. Les planches qu’il a fait graver à Paris illustrent donc la magnifique édition de son Voyage pittoresque de la Grèce.

Une vie académique mouvementée !

La vie académique du comte étant un peu mouvementée, à cause de la période de la Révolution, de la Convention, du Consulat, de l’Empire, puis de la Restauration. Notre invité ne fait que la résumer mais cela suffit pour faire comprendre que si Choiseul-Gouffier compta parmi les membres de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, et ceux de l’Académie française, il fit partie des anciennes académies royales et il sera maintenu académicien dans les nouvelles formes académiques, et confirmé comme académicien par ordonnance royale quand Louis XVIII rétablira les anciennes académies en 1816 .

- Elu à l’Académie française, en 1783, il a prononcé le 26 février 1784, le discours d’éloge de son prédécesseur d’Alembert, membre de l’Académie française (nous sommes encore à l’époque des académies royales). Il ne faut pas oublier que les académies seront supprimées par la Révolution en 1793, puis rétablies et regroupées sous l’Institut national en 1795.

Une carrière diplomatique chez les Ottomans puis en Russie

Choiseul-Gouffier fut nommé ambassadeur en Turquie « Près la Porte Ottomane » comme il l’écrit lui-même, à Constantinople, en 1784. Frédéric Barbier souligne l’importance de cette mission dans les relations des pays occidentaux avec les Turcs. Il conserve ce poste jusqu’au jour où la Révolution de 1789 bouleverse la France... Si au départ il semble favorable aux réformes et aux idées révolutionnaires, ses biens ayant été saisis, il décide, en 1793, d’émigrer en Russie, à Saint-Pétersbourg où il jouit d’une vie confortable et sans danger. L’impératrice Catherine II qui règne d’une main de fer (son règne 1762-1796), entretient avec lui d’excellentes relations.

Après l’amnistie envers la noblesse exilée proclamée par Napoléon, en 1802, il revient en France. Il publiera donc la première partie de son Voyage pittoresque en 1809, bien qu’une grande part de ses archives ait été perdue.

Arrive le retour de Louis XVIII : Choiseul-Gouffier va connaître une brillante carrière après 1810 et jusqu’en 1817 : il sera élevé au rang de ministre d’Etat et à la dignité de pair de France

On ne peut pas dire qu’il publie véritablement un troisième tome de son Voyage pittoresque, plutôt une deuxième partie. Ce qui fait bien au total trois volumes...

On lui doit d’autres textes intéressants, notamment son discours sur Homère (voir plus loin), ses Mémoires ou son Mémoire sur l’hyppodrome (sic) d’Olympie et ses Recherches sur le Bosphore de Thrace.... Car Choiseul-Gouffier, il faut le préciser, s’est acharné à explorer les sites de la guerre de Troie.

Dans les coulisses de l’Académie française...

On ne trouve de choiseul Gouffier que deux textes académiques :

- le premier c’est l’éloge qu’il prononce de son prédécesseur, et non des moindres puisqu’il s’agit de d’Alembert. Ce discours de réception a été prononcé, non pas sous la Coupole de l’Institut de France, lequel n’existait pas encore, mais au palais du Louvre, le jeudi 26 février 1784.

- le second, c’est un discours important intitulé « Considérations sur Homère, inspirées par l’aspect des lieux qu’il a rendus célèbres », prononcé le 24 avril 1816. Choiseul-Gouffier était à l’époque Secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et belles-lettres.

- La séance de ce jour là est importante. Vaublanc, Ministre secrétaire d’Etat de l’Intérieur, ouvre la séance en expliquant que le roi lui a ordonné d’installer en son nom les académies qu’il vient de rétablir... « Il a voulu que, tous les ans, les académies qui forment l’Institut royal se réunissent dans une séance solennelle. Il a choisi pour cette solennité littéraire, le jour où, appelé par des vœux si longtemps comprimés, il a revu la France après une si longe et si douloureuse absence... Le roi, par une ordonnance du 21 mars 1815, a donc donné une nouvelle organisation à l’Institut, a statué que les 4 académies qui le composent tiendront tous les ans une séance publique le 24 avril, jour de sa Majesté en son royaume, à trois heures de l’après-midi, sous la présidence de son Excellence Monsieur le Duc de Richelieu, président actuel de l’Académie française, à laquelle, selon l’ordre de sa fondation, appartient la présidence de la première assemblée. »

Les discours académiques se succèdent alors :
- le premier est celui du duc de Richelieu, membre de l’Académie française (le petit-neveu du Cardinal), qui préside la séance, il est bref.
- le second est celui du comte de Fontanes, vice président de l’Académie française,
- et tout de suite derrière lui, le discours de Choiseul Gouffier. C’est dire l’importance accordée à cet académicien.

Dans ses Considérations sur Homère, Choiseul Gouffier se présente comme « le voyageur qui, secondé par d’heureux hasards, a le premier reconnu, étudié les champs où fut Troie ». Il s’élevait contre les « novateurs » qui niaient jusqu’à l’existence d’Homère (tels l’Anglais Bruyant qui assurait que Troie n’avait jamais existé sur les bords de l’Hellespont, que l’expédition grecque était une fable égyptienne, et l’Allemand Wolf qui lui, admettait les faits historiques, mais niait le poète Homère). Choiseul Gouffier dit pouvoir montrer le tombeau d’Ajax qui existe encore grâce à Hadrien ; le temple d’Achille qui existait encore à l’époque de Constantin etc...

Pour aller plus loin :

- sur le site de l’Académie française, on trouve le discours d’éloge de d’Alembert, séance du jeudi 26 février 1784.
- en 1817, après la mort de Choiseul Gouffier, c’est un auteur dramatique et critique littéraire, un peu oublié il faut l’avouer, Laya, qui lui succéda et prononça son éloge, dans un discours un peu convenu et sans grand intérêt d’ailleurs.
La notice sur la vie de Choiseul Gouffier lue par Dacier, le 23 juillet 1819 est de loin plus fournie en détails intéressants et précis (lecture uniquement dans les archives de la bibilothèque de l’Institut).

- À la bibliothèque Mazarine (ouverte au public), on peut trouver l’ouvrage Voyage pittoresque de la Grèce, de Choiseul-Gouffier

- À lire : le livre que Frédéric Barbier consacre à cet auteur et à ce Voyage : Le rêve grec de Monsieur de Choiseul : les voyages d’un européen des Lumières (Armand Colin, 2010).

- A écouter aussi sur Canal Académie : d’autres voyageurs en Grèce.
- 1806 : Chateaubriand en Grèce
- Le demi-dieu ou le voyage de Grèce par Jacques de Lacretelle, de l’Académie française

et sur la Grèce antique elle-même :
- Denis Knoepfler : La patrie de Narcisse, quand l’archéologie rencontre le mythe
- Pourquoi les korès de l’Acropole sourient-elles ?






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