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Choir, chuter, tomber sont-ils vraiment synonymes ?

« Faut-il le dire ? » la chronique de Pierre Bénard

Faut-il laisser tomber "tomber" au profit de "chuter" ? La langue française est si riche qu’il nous arrive parfois de nous y perdre, et la quantité considérable de synonymes que proposent les dictionnaires n’est pas pour nous aider. Aussi nous faut-il écouter les conseils avisés de Pierre Bénard qui milite pour un retour aux mots simples mais corrects.


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J’ouvre un journal aux pages que l’on dit « locales ». J’y apprends, entre autres « faits divers », qu’un malheureux cycliste « est décédé », heurté par un chauffard qui l’a fait « chuter » de son engin sur la chaussée. « Est décédé » et « chuter » sont les mots du journal, que je cite avec un filet de mauvaise humeur. Ce qui est grave, me direz-vous, c’est le fait que j’apprends cette mort d’un cycliste innocent sur une route où il ne gênait personne. J’en conviens, mais une fois cela acquis et reconnu, me permettra-t-on d’observer que « mourir » vaut bien « décéder » et que « tomber », face à « chuter », n’est pas sans un reste de mérite ?
Or nous sommes à une époque où l’on « décède » et ne « meurt » plus, et où l’on « chute » beaucoup plus souvent qu’on ne « tombe ».

C’est dans tous les domaines où valait le verbe « tomber » que le verbe « chuter » exerce de nos jours son écrasante suprématie. Tout ce qui « tombait », désormais, « chute » : un skieur « chute », la confiance « chute », les marchés financiers « chutent », avant de se redresser pour « chuter » derechef, autrement dit pour « rechuter », une pierre « chute » du haut d’un mur et frappe un passant qui ... « décède ». Et revoici ma première cible, ce « décéder » omniprésent. Mais je ne veux pas quitter « chuter ».
Ce verbe vient du nom « chute », qui lui-même vient du verbe « choir », « cheoir » en vieux français, issu du latin « cadere ». Un verbe a donné un nom, qui a donné un autre verbe. C’est un processus très ordinaire. Ainsi, du verbe « parler » est sorti « parlement », d’où naquit « parlementer ». Mais remarquez que « parlementer » n’a pas le même sens que « parler ». « Chuter », en revanche, veut dire exactement la même chose que « choir », qui ne s’emploie plus guère, mais aussi que « tomber », qui avait pris la place de « choir », et qui, hier encore, l’occupait tranquillement. Mais « chuter » s’est mis à proliférer, et cet enchaînement de verbe en nom, de nom en verbe, sans nuance sémantique notable, fait craindre un développement absurde allant toujours, à l’infini, dans le sens de la multiplication des syllabes : « choir » engendra « chute », qui engendra « chuter », qui engendrera peut-être « chutement », qui risque d’engendrer « chutementer », d’où l’on peut s’attendre à voir naître un jour « chutementement »,(...)


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