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Histoire du climat avec Emmanuel Le Roy Ladurie : les fluctuations climatiques depuis le XVIIe siècle (5/6)

L’historien de l’Académie des sciences morales et politiques explique les alternances tiédeur-fraîcheur
Grâce aux dates des vendanges et aux séries thermométriques repérées par Daniel Rousseau, de Météo France, il est possible de voir les fluctuations du climat (alternance de phases tièdes et fraîches) depuis le début du XVIIe siècle en Europe occidentale. Mais depuis 1987, en raison d’un réchauffement marqué, ce mécanisme s’est déréglé…


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Émission proposée par : Bruno Dusaussoy
Référence : hist712
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist712.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 18 décembre 2011

Expliquons d’abord le processus des fluctuations (ou oscillations) climatiques. Si leur durée varie (de 15 à 30 ans, voire plus), elles ne concernent que le printemps et l’été, les hivers et les automnes étant les « parents pauvres des études historico-climatiques multi-saisonnières », ainsi que l’explique Emmanuel Le Roy Ladurie dans sa communication sur les fluctuations du climat à l’Institut, lors de la séance du 20 juin 2011. Ces fluctuations ont pour point commun d’être partagées en deux phases, la première tiède, la seconde fraîche (avec des variations). C’est le cas depuis la première fluctuation relevée avec quasi certitude, aussi appelée fluctuation « Galilée », qui va de 1602 à 1634.

Mais cette alternance régulière de tiède à frais est chamboulée depuis l’orée du XXe siècle en raison de l’avènement du réchauffement global. Les fluctuations dites « Arrhenius » (1892-1928) et « Manley » (1929-1986) voient encore le scénario tiédeur-fraîcheur se reproduire, quoique moins nettement en ce qui concerne la phase de fraîcheur, plus douce que les séquences fraîches antérieures.

La fluctuation « Arrhenius » (1892-1928)

On distingue quatre fluctuations au XVIIe siècle, quatre également au XVIIIe siècle, trois au XIXe siècle, et l’on arrive enfin à la fluctuation « Arrhenius », à cheval entre le XIXe et le XXe siècle, « d’autant plus intéressante qu’elle coïncide pour la première fois avec un phénomène indépendant et tout à fait nouveau : le début du réchauffement global, lui-même typique des XXe et XXIe siècles, non sans freinages et ralentissements divers en cours de route ».

Svante Arrhenius (1859-1927) est le nom de ce Suédois qui, en 1896, émit « l’hypothèse que la poursuite de la combustion de carburants fossiles (essentiellement du charbon à l’époque) pourrait conduire au doublement de la quantité de gaz carbonique (CO2) dans l’atmosphère, renforçant l’effet de serre, d’où un réchauffement planétaire de 2 ou 3 degrés », comme le rappelle Robert Kandel dans l’Encyclopédie Universalis.

Vient ensuite la fluctuation Manley qui, selon Emmanuel Le Roy Ladurie, « se place également au XXe siècle sous le signe d’un réchauffement global encore modéré mais indéniable (il ne se déchainera qu’à partir de 1988). “Manley” a néanmoins sa double séquence classique, tiède puis quelque peu rafraîchie ».

« Prométhée »

Tel n’est pas le cas de la fluctuation suivante, dite « Prométhée » (1987-2010), qui se caractérise par une absence (provisoire ?) de séquence fraîche, « sauf peut être un rafraîchissement infime vers 2008-2010. Minuscule variabilité ? », s’interroge l’historien, qui conclut ainsi sa communication : « Le réchauffement est en marche même si, en certaines années, janvier 1997 et peut être plus significatifs janvier 2009 et janvier 2010, certains épisodes plus ou moins froids démolissent à ce propos les convictions péniblement acquises et sur ce point fragiles des braves gens de France et d’ailleurs, relativement au réchauffement global alias global warming.

L’expression « peut être plus significatifs » que nous venons d’employer pourrait éventuellement indiquer en effet l’occurrence concevable d’une légère fluctuation négative qui freinerait si peu que ce soit le réchauffement en cours. Mais une telle hypothèse pour le moment est purement gratuite quoique pas totalement invraisemblable.

Un écrivain d’outre Atlantique avait parlé jadis du « cauchemar climatisé » des nations modernes au XXe siècle. Mais la climatisation, pour toute raisons anthropiques et autres (CO2, etc.) n’est-elle pas en train de se dérégler elle aussi ? »

Pour aller plus loin

- Cette émission est la cinquième d’une série de six sur l’histoire du climat. Le prochain et dernier thème sera : l’avenir de la discipline histoire du climat en France.

Écoutez les autres émissions de cette série :

- l’historien pionnier (1/6)
- La Révolution française, une révolution climatique ?(2/6)
- La "politisation" du climat en France (3/6)
- Les accidents climatiques au XXe siècle (4/6)

- E. Le Roy Ladurie sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques.

- E. Bard (dir.), L’homme face au climat, Odile Jacob, 2006.

- G. Jacques et H. Le Treut, Le changement climatique, éd. Unesco, 2004.

- J. Jouzel, Climat : jeu dangereux, Dunod, 2004.

Et quelques livres de « climato-sceptiques » :

- C. Allègre, L’imposture climatique : Ou La fausse écologie, Plon, 2010.

- V. Courtillot, Nouveau voyage au centre de la Terre, Odile Jacob, 2009.

- S. Brunel et J.-R. Pitte (sous la dir.), Le ciel ne va pas nous tomber sur la tête, JC Lattès, 2010.







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