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Histoire du climat avec Emmanuel Le Roy Ladurie : quel avenir pour la discipline en France ? (6/6)

L’académicien des sciences morales et politiques, s’inquiète de la transmission ...
Y aura-t-il encore des historiens pour s’intéresser à l’histoire du climat dans dix ans ? Emmanuel Le Roy Ladurie, pionnier de la discipline en France, n’est certes plus seul, mais le moins que l’on puisse dire est que les successeurs ne sont pas légion... Dernière émission de notre série de six.


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Émission proposée par : Bruno Dusaussoy
Référence : HIST713
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/hist713.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 8 janvier 2012

L’histoire du climat en France : combien de divisions ? Serait-on tenté de dire à la suite de Staline, qui employa jadis l’expression à propos du Vatican, montrant ainsi le peu de cas qu’il faisait du Saint-Siège. De fait, cette discipline, par nature interdisciplinaire, est un « trou noir » selon Emmanuel Le Roy Ladurie, qui se désole de la situation française au regard de ce qui se passe dans le monde germanique notamment.

L’école suisse, un modèle à suivre

L’école de Berne, dont Christian Pfister et Jürg Luterbacher sont les figures de proue, est citée en exemple par Emmanuel Le Roy Ladurie, dont le malheur est en somme de ne pas avoir fait école précisément (son élection au Collège de France, dès 1973, n’y est peut-être pas étrangère, les professeurs élus dans cette maison étant délivrés des charges universitaires classiques : direction de thèses, correction de copies, etc.) Il n’est certes plus le seul en France à s’intéresser à l’histoire du climat. Mais force est de reconnaître que les historiens du climat ne sont pas légion sur le territoire hexagonal. Citons Emmanuel Garnier, enseignant-chercheur à l’université de Caen, au Centre de recherche d’histoire quantitative (CRHQ-CNRS), créé par Pierre Chaunu (1923-2009), de l’Académie des sciences morales et politiques.

Mis à part Garnier, Emmanuel Le Roy Ladurie ne voit personne, du moins si l’on s’en tient aux historiens du climat proprement dit. Car il faut compter aussi quelques géographes, parmi lesquels Martine Tabeaud, de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Et puis il y a les historiens de la littérature qui s’intéressent au climat : Jacques Berchtold et Jean-Paul Sermain, de la Sorbonne également, et Anouchka Vasak, dont les entretiens avec Emmanuel Le Roy Ladurie ont donné naissance à l’Abrégé d’histoire du climat, du Moyen Age à nos jours, réédité en poche sous un nouveau titre : Trente-trois questions sur l’histoire du climat.

Une petite discipline

Mais le fond du problème demeure l’absence de formation scientifique des historiens, qui en règle générale manifestent, aux yeux d’Emmanuel Le Roy Ladurie, si ce n’est du mépris, à tout le moins de l’indifférence à l’égard de l’histoire quantitative et matérielle, pourtant indispensable à l’étude historique du climat. La « prophétie » de l’auteur du Territoire de l’historien (1973) : « L’historien de demain sera programmateur ou ne sera plus » ne s’est pas réalisée, à son grand regret.

Un groupe de recherche en histoire du climat a néanmoins vu le jour au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) de Gif-sur-Yvette. Isabelle Chuine, Valérie Masson, Bernard Seguin, Pascal Yiou, Nicolas Viovy et Valérie Daux, qui a constitué plus de 300 séries de dates de vendanges, en sont les principaux animateurs. Mais aussi brillants qu’ils soient, ces chercheurs sont des scientifiques à part entière, et non pas des historiens. Il leur manque donc une culture historique solide.

Résumons (grossièrement) : d’un côté, les historiens n’ont pas de formation mathématique, statistique (ou si elle existe, elle reste sommaire) ; de l’autre, les scientifiques sont dénués pour la plupart de culture historique. Pour Emmanuel Le Roy Ladurie, il faudrait donc dénicher la perle rare qui aurait à la fois une formation en histoire et en science (au sens large). Lui-même, qui dit modestement s’être fait « une petite culture scientifique », n’est pas très optimiste.

Pour aller plus loin

- E. Le Roy Ladurie sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques.

- E. Le Roy Ladurie, J. Berchtold, J.-P. Sermain (sous la dir.), L’Evénement climatique et ses représentations (XVIIe-XVIIIe siècles), Histoire, littérature, musique et peinture, éd. Desjonquères, 2007.

- E. Le Roy Ladurie, Trente-trois questions sur l’histoire du climat. Du Moyen Age à nos jours (entretiens avec Anouchka Vasak), Fayard, coll. « Pluriel », 2010.

Écoutez les autres émissions de cette série :

- L’historien pionnier (1/6)
- La Révolution française, une révolution climatique ?(2/6)
- La "politisation" du climat en France (3/6)
- Les accidents climatiques au XXe siècle (4/6)
- Histoire du climat avec Emmanuel Le Roy Ladurie : les fluctuations climatiques depuis le XVIIe siècle (5/6)






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