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René de Obaldia lit des passages de son oeuvre Les Innocentines

Quand l’auteur se fait lecteur, l’auditeur trouve son bonheur...
René de Obaldia, membre de l’Académie française depuis 1999, se dévoile en lisant quelques extraits de son recueil : Les Innocentines. Une plume de talent au service d’une âme d’enfant.


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Référence : VOI604
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Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida7621-Rene-de-Obaldia-par-lui-meme.html
Date de mise en ligne : 11 septembre 2011


C’est en 1918 que le jeune René de Obaldia, né à Hong Kong en 1918, d’un père panaméen et d’une mère française, « entre en littérature » ; lorsqu’une qu’une de ses œuvres arrive sur le bureau de l’éditrice Clara Malraux. Ce premier succès marque le début d’une longue carrière durant laquelle il a abordé tous les genres avec toujours autant de talent. Sa plume, plusieurs fois récompensée par de prestigieux prix dont le Grand prix du théâtre de l’Académie française (en 1985) et le Molière du meilleur auteur (en 1993), lui a valu une réputation internationale.
Ainsi, en 1999, ce fameux représentant des lettres françaises entre à l’Académie au fauteuil 22, succédant à Julien Green.

Ce poème, « Chez moi », est extrait de l’œuvre Les Innocentines, parue en 1969 et Grand prix de la poésie de la SACEM (1988).

«  Chez moi, dit la petite fille
On élève un éléphant.
Le dimanche son oeil brille
Quand Papa le peint en blanc.

Chez moi, dit le petit garçon
On élève une tortue.
Elle chante des chansons
En latin et en laitue.

Chez moi, dit la petite fille
Notre vaisselle est en or,
Quand on mange des lentilles
On croit manger un trésor.

Chez moi dit le petit garçon
Nous avons une soupière
Qui vient tout droit de Soissons
Quand Clovis était notaire.

Chez moi dit la petite fille
Ma grand-mère a 100 000 ans
Elle joue encore aux billes
Tout en se curant les dents.

Chez moi dit le petit garçon
Mon grand-père a une barbe
pleine, pleine de pinçons
Qui empeste la rhubarbe.

Chez moi dit la petite fille
Il y a trois cheminées
Et lorsque le feu pétille
On a chaud de trois cotés.

[...]

Chez moi, dit le petit garçon
Vit un empereur chinois.
Il dort sur le paillasson
Aussi bien qu’un Iroquois.

Iroquois ! dit la petite fille.
Tu veux te moquer de moi.
Si je trouve mon aiguille,
Je vais te piquer le doigt !

Ce que c’est d’être une fille !
Répond le petit garçon.
Tu es bête comme une anguille
Bête comme un saucisson.

C’est moi qu’ai pris la Bastille
Quand t’étais dans les oignons.
Mais à une telle quille
Je n’en dirai pas plus long !
 »

© Louis Monier

***

Dans le même recueil, les grands enfants pourront lire « Antoinette et moi » :

«  Antoinette et moi
On va dans les bois
On connait un coin
Ou il n’y a que des lapins

Antoinette et moi
On va dans les bois
C’est à qui des deux
Grandira le mieux.

Quand on sera grand
On s’ra des amants
On s’embrassera
Comme Élise et Nicolas

Mais il faut pousser
Pour bien s’emboîter
Et pas avoir peur
De perdre sa pudeur.

On s’ra des amants
Des bouches des bras
Des regards flambants,
Des et caetera.

Mais il faut grandir
on est trop petit
c’est comme un navire
qui s’rait pas bati.

Antoinette et moi
On va dans les bois
Pour grandir ensemble
Un peu chaque fois

Elle me tire les jambes
Je lui tire les bras,
Elle me tire la langue,
Je lui tire les doigts

À froce de tirer
De nous faire craquer
On doit bien gagné
Un peu de chaque coté.

Parfois on s’met nus
Quand y a du soleil
Ça frappe la vue
Qu’on est pas pareil

Mais on est bien fait
Pour se délecter
Sa peau c’est du lait
Et moi j’suis du thé

Et quand on s’endort
Tous les deux comme ça
Je sens très très fort
Que je ne mourrai pas.
 »




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