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Dostoïevski

par Alain Besançon
Communication d’Alain Besançon prononcée en séance publique devant l’Académie des sciences morales et politiques le lundi 10 février 2003.


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Référence : es027
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Date de mise en ligne : 23 septembre 2006

Pour en savoir plus :

- Si, après avoir écouté l’émission, vous désirez lire le texte intégral de la conférence, cliquez ici.
- A. Besançon, in Personnages et caractères XVe-XXe siècles.

Voici le texte de la communication d’Alain Besançon sur Dostoïevski :

Quand on demande à un Russe quel est le plus grand écrivain de son pays, il répond en général Pouchkine, parce qu’il est le premier en date, qu’il a créé la langue et qu’il a été le civilisateur qu’attendait la Russie lassée de sa propre barbarie. Posée à un occidental, la réponse à la même question eût hésité au début du XXème siècle entre Tolstoï et Dostoïevski De nos jours elle se déterminerait probablement pour Dostoïevski. Il est en effet le seul écrivain russe qui ait imprimé une modification profonde au champ entier de la littérature mondiale.

Il n’est pas de pays au XIXème siècle où la littérature soit prise plus au sérieux que dans la Russie. Ses débuts éclatants sous Nicolas Ier apportaient la preuve qu’elle était capable de civilisation, capable de tenir sa place en Europe. Le romantisme allemand prisait les oeuvres de civilisation : la Russie, à la grande fierté de Biélinski en est désormais pourvue. De plus l’écrivain se voyait chargé de la mission d’illustrer la place à part de la Russie en Europe. A lui de définir l’esprit national, le “narodnost” qui avec l’Autocratie et l’Orthodoxie est le cadre emblématique où cet immense empire dynamique et encore nébuleux doit acquérir sa forme définitive et le sens de sa vocation. De cela le pouvoir était conscient et c’est pourquoi il favorisait la littérature. Il y avait donc en Russie un milieu littéraire riche, varié et influent. Il existait d’épaisses revues pour recevoir les productions, et leur tirage était comparable à celles des revues européennes. Le public, à savoir une partie de la noblesse et l’intelligentsia, était assez cultivé, propre à s enthousiasmer. La censure était malgré quelques caprices d’une exemplaire légèreté. Elle n’a empêché vraiment aucun écrivain de s’exprimer. Un écrivain connu vivait assez facilement de sa plume. Les directeurs de revue lui assuraient généreuses avances et droits d’auteur substantiels. Le peuple, le fameux peuple auquel n’appartenaient pas les écrivains, fournissaient domestiques et cuisinières à bon marché. Les économies pré-capitalistes et les régimes pré-démocratiques font la part belle à l’écrivain.

Si Pouchkine, Tourgueniev, Tolstoï appartenaient à la bonne noblesse ancienne et relativement riche, Dostoïevski lui est né en 1821 dans la couche nettement inférieure des fonctionnaires qui ne gagnaient la noblesse que par le service. Son père dirigeait un hôpital militaire. Il fit ses études dans une école militaire du génie. L’école militaire avait été depuis Pierre le Grand le principal vecteur de l’européanisation. Après Dostoïevski, pour la plupart des écrivains russes postérieurs ce fut l’université. Il démissionna peu après avec le grade de lieutenant. Sa vocation d’écrivain était en effet irrésistible. Il écrivait déjà sans trêve et il n’avait que vingt cinq ans quand il remporta son premier succès littéraire avec une nouvelle dans le genre sentimental social , Les Pauvres Gens. On le compara à Gogol !

Le jeune Fédor Mikhaïlovitch lisait avec fureur. Sa culture philosophique et historique était faible, mais sa culture littéraire vaste et profonde, autant et plus qu’aucun écrivain européen de son temps. Ses lectures étaient celles de la génération romantique : Shakespeare, Schiller, Dickens, les Russes, les Français. Il admirait Racine, ce qui est exceptionnel pour un écrivain étranger. Il se sentait sans doute en affinité artistique avec les troubles passions des caractères raciniens. Il admirait au plus haut degré Balzac et Hugo. On trouve la trace des Misérables dans Crime et Châtiment et jusque dans les Karamazov, le dernier roman. Une autre sorte de littérature française l’influença techniquement : le feuilleton à la Eugène Sue et à la Paul de Kock. Ces feuilletons étaient très lus en Russie et la forme de l’épaisse revue où il paraissait en livraisons périodiques obligea Dostoïevski, feuilletoniste comme Dumas, Balzac, Dickens, à maîtriser l’art du suspense, des coups de théâtre, des enchaînements passionnants, des intrigues compliquées, des rebondissements multiples, des caractères extrêmes dans le bien et dans le mal, l’art aussi d’écrire vite et parfois de tirer à la ligne.

A la considérer dans son ensemble, la carrière littéraire de Dostoïevski n’est en rien celle d’un écrivain maudit. Ses débuts furent heureux. A partir de Crime et Châtiment, c’est à dire de 1866, il jouit de la réputation d’un écrivain célèbre. Cette gloire ne cessa de croître. A la fin de sa vie, il est élu à l’Académie, reçu régulièrement chez Pobiedonoscev, dîne chez le grand-duc Serge. L’empereur veut que ses fils soit présentés à l’illustre défenseur de la nation russe. Il dote sa veuve d’une généreuse pension. Quand Dostoïevski mourut d’emphysème, à l’âge de 60 ans, en 1881, ses obsèques furent quasiment nationales. Son cercueil fut suivi de cinquante mille personnes, avec des délégations rangées et successives d’étudiants, d’artistes, d’écrivains, et il eut droit sur sa tombe à de magnifiques discours.

Je tenais à rappeler ce premier plan glorieux, pour prendre une plus exacte appréciation de l’arrière plan dramatique de sa vie qui fait toute sa légende, mais pas toute son histoire. Dans les accidents de sa vie, j’en vois cinq qui ont à divers titres marqué son oeuvre.

Dostoïevski
Dostoïevski

Le premier est que son père, un homme odieux, fut un beau jour castré et assassiné par ses serfs qui ne le supportaient plus. Cela fit plus tard le bonheur de Freud et des interprétations psychanalytiques de l’œuvre.

Le second est l’épilepsie qui ne lâcha pas l’auteur jusqu’à la fin. Les crises étaient fréquentes et impressionnantes, surtout dans les moments difficiles. Dostoïevski fut toute sa vie un malade ce qui n’empêchait pas son corps petit et malingre d’être doué d’une vitalité prodigieuse, d’une résistance de chat et d’une puissance de travail exceptionnelle.

Le troisième est la condamnation à mort, commuée, seulement au pied de l’échafaud comme l’exigeait le code pénal, en une peine de bagne et de service militaire comme simple soldat. C’est une histoire idiote, explicable seulement par la panique politique provoquée par notre révolution de 1848. Dostoïevski fréquentait un cercle vaguement fouriériste. Ce cercle fut arrêté en bloc en 1849. Tout le monde se dénonça mutuellement et se repentit, comme il arriva dans la plus part des arrestations de ce genre jusqu’en 1917. Sauf Dostoïevski, qui n’avait rien à se reprocher, qui était monarchiste à tous crins, mais qui avait seulement lu un manifeste de Biélinski, personnage assez violemment Aufklärer et réformiste. Dostoïevski accepta sa peine de bon cœur. Le bagne était dur, mais sans comparaison en inhumanité avec les Goulags du XXème siècle. Il y rencontra des Polonais qu’il détesta, des criminels russes qui incarnèrent pour lui la grandeur du Peuple russe et il ne cessa jamais d’adorer le tsar si bon et miséricordieux. Assez vite ce bagnard, puis ce simple soldat se vit inviter à la table de la bonne société sibérienne, affamée de littérature et trop heureuse de rencontrer un écrivain connu. Il eut des amours et finit par se marier. Il put rentrer à Petersbourg après dix ans d’absence.

Le quatrième accident fut une passion de quelques années pour une femme de fort tempérament, Apolinaria Souslova qui le promena en Europe et qui laissa sa trace sur quelques caractères féminins de ses romans, l’Aglaé de l’Idiot, la Lisa des Démons, la Catherine des Frères Karamazov, femmes peu commodes, dominatrices et “fières”.

Le cinquième lui tomba dessus à Wiesbaden, en 1861 : il joua à la roulette et gagna ! Le démon du jeu s’était emparé de lui et le fit descendre très bas, plus bas encore jusqu’à frôler à plusieurs reprises l’abjection. Un beau jour, en 1871, le 28 avril, à la suite d’une illumination intérieure, il se sentit guéri. Il ne joua plus jamais.

La grande chance de Dostoïevski, veuf de sa première femme sibérienne, fut son mariage, à quarante ans avec une jeune fille excellente, Anna Grigorievna. Elle mit de l’ordre dans sa vie, trouvait des logements, tenait les comptes, négociait les contrats.. Elle était si compréhensive qu’elle l’envoyait au casino quand il en avait trop envie et trouvait ensuite le moyen de réparer le désastre fatal. D’une piété sincère, elle le rapprocha de la religion. Elle tâcha de s’instruire et de se mettre à la hauteur de son prodigieux époux. Elle lui fit quatre enfants, dont deux moururent et grâce à elle il surmonta son deuil. Dans ses dernières années Dostoïevski vivait à la campagne, près de Petersbourg, bon mari, bon père, paroissien régulier, au travail de 10 heures du soir à 5 heures du matin, et donnant à peu près dans les temps la formidable copie que lui arrachait impatiemment le directeur de revue. Cette parfaite épouse devint une veuve exemplaire qui s’attacha à porter témoignage sur l’homme et à publier correctement son oeuvre.

Comme pour Shakespeare, comme pour Balzac, la période vraiment créatrice de Dostoïevski son “floruit” comme disaient les Anciens, ne dura qu une quinzaine d’années, de 1864 à 1879. Auparavant il avait déjà écrit beaucoup , des histoires sentimentales et touchantes, entre George Sand et Dickens, dans un ton social-chrétien, qu’on ne relit que pour y trouver les prémices de son talent. Son originalité, son génie propre, éclate dans une longue nouvelle étrange , Le Sous-Sol. Nietzsche y découvrit la formule du ressentiment. et René Girard sa théorie du désir mimétique. Le Sous-Sol est la cellule germinative, la cellule souche des grands romans. Nous y reviendrons.

Ces romans nous les avons tous lus. Ils sont quatre. Crime et Châtiment, est à dominante psychologique, L’Idiot à dominante mystique, Les Démons, à dominante politique, Les Frères Karamazov, à dominante idéologique car s’y s’étale la prédication de l’auteur. Ajoutons L’Adolescent, roman raté, mais qui contient des fulgurances et qui comme les autres mêle l’exploration du coeur humain à la réflexion religieuse, la méditation politico-métaphysique sur la Russie et l’exposé des idées de l’auteur ; plus quelques nouvelles splendides comme l’Eternel mari et Douce. Nous les avons tous lus, il n’est pas certain que nous les ayons relus. Lire Dostoïevski est une épreuve, un bain d’émotions contradictoires, un remuement de notre tréfonds. “ La structure policière du roman, explique le critique Viatcheslav Ivanov, donne au lecteur l’impression qu’il assiste à un procès longuement préparé , incroyablement complexe et pénible. Tout cela doit être accepté par celui qui lisant les ouvrages grandioses du plus original des génies, éprouve à la fois une indicible douleur et une profonde jouissance”. Comme de Balzac on peut dire qu’il écrit n’importe comment, mais on peut dire aussi comme de Balzac que ce style est parfaitement adapté à sa pensée et fait corps avec son art. On a dit aussi qu’il avait introduit la tragédie dans le genre romanesque. Effectivement, on a pu tirer des parallèles convaincants entre Crime et Châtiment et l’Orestie, entre les Démons et le premier Faust. Mais la catharsis ne se produit pas : on en sort plus malade à la fin qu’on était au début. A l’instar de Racine et de la tragédie classique Dostoïevski préfère respecter les trois unités. De lieu - Petersbourg, la ville de N. dans le gouvernement de N. - d’action et de temps. La première partie de l’Idiot, une sorte de Vaudeville noir incroyablement compliqué qui galope dans un climat de mauvais rêve et d’insomnie, et qui occupe deux cent pages , se déroule en une seule journée. Cette concentration sera reprise par Proust, qui peut aussi donner deux cent pages à une matinée chez Madame de Villeparisis. Proust, qui discernait “le côté Dostoïevski de Madame de Sévigné”, ressemble aussi au romancier russe par un autre trait, sans qu’on puisse parler d’un emprunt, mais d’une affinité de tempérament : je veux parler du comique atroce, de la satire extrêmement méchante et drôle, cependant nappée et recouverte par l’ ostentation de bonté et de générosité de coeur. Toutefois Proust est dans la tradition française du caractère stable : Charlus ou Madame Verdurin ne changent pas d’un bout à l’autre de la Recherche.

Dostoïevski
Dostoïevski

Or Claudel a fait cette pénétrante remarque : “ Dostoïevski est l’inventeur du caractère polymorphe : c’est à dire que Molière ou Racine ou les grands classiques ont des caractères d’un seul tenant, tant dis que Dostoïevski a fait une découverte en psychologie qui est l’équivalent de celle de De Vries dans le monde de l’histoire naturelle : la mutation spontanée... Vous voyez une crapule, comme dans Crime et Châtiment... qui tout à coup devient une espèce d’ange... C’est cette imprévisibilité, cet inconnu de la nature humaine qui est le grand intérêt de Dostoïevski. L’homme est un inconnu pour lui même et il ne sait jamais ce qu’il est capable de produire sous une provocation neuve”.

Dans une autre Académie je continuerais l’analyse littéraire. Dans la nôtre on attend autre chose. Berdiaev a affirmé, non sans raison que Dostoïevski était le plus grand, à certains égards le seul philosophe de la Russie. Toutefois c’est dans ses romans et pas ailleurs qu’il l’est et qu’il faut le chercher. Or Dostoïevski est aussi un écrivain d’idées. Il a été lui même directeur d’épaisses revues où il a exposé abondamment ses vues politiques et religieuses. La difficulté est qu’on a tendance à lire ses romans à la lumière de ces idées, ce qui égare sur leur sens profond et pousse à faire de Dostoïevski un penseur, voire un prophète. Je crois au contraire qu’il faut bien séparer les deux ordres, que Dostoïevski penseur appartient à un ordre considérablement inférieur à celui où se tient Dostoïevski artiste et qu’il faut se garder de projeter sur ses idées la trop vive lumière de son art.

Les idées politiques de Dostoïevski se sont fixées très tôt. Ses premiers écrits sont plein d’attendrissement pour les pauvres gens, pour “les humiliés et offensés”, dans une tonalité qui est celle du socialisme chrétien à la Française qui pénétrait alors en Russie. Arrêté, il confesse sa foi monarchiste. La Russie affirme-t-il a toujours dû son salut à l’autocratie. Comme sous Pierre le Grand les réformes doivent venir d’en haut. Au bagne il “adore le tsar”. Il ne fut pas déçu par Alexandre II qui abolit le servage, adoucit le service militaire, donne avec le zemstvo un self-government local, diffuse l’instruction et fonde une organisation judiciaire à l’européenne. Il n’est donc pas réactionnaire. Monarchiste progressiste, il enrage contre la bureaucratie. On peut le décrire comme un populiste chrétien et conservateur, qui s’inquiète du rôle grandissant de l’argent, de l’appauvrissement de la noblesse, de l’alcoolisme paysan. Il souhaite une meilleure et plus intime communication entre le souverain et son peuple. Il s’inscrit donc, sans beaucoup d’originalité dans le courant slavophile.

Sa politique se déduit entièrement de son nationalisme. Ce nationalisme est extrême, intense, éperdu, et pour en prendre la mesure il faut l’analyser à deux niveaux différents. Un niveau ordinaire celui des épaisses revues où il tient chronique et où il est simplement un chauvin. Un niveau métaphysique, qui, lui, ne se découvre que dans ses romans.

Dostoïevski a passé quatre ou cinq ans à l’étranger. Il l’a détesté. L’Europe est pour lui un “cimetière”, quand elle n’est pas le siège d’un gigantesque complot contre la Russie et contre le Christ. Il exècre Paris, qu’il trouve policier. Londres l’horrifie. Les Suisses lui font horreur, encore qu’ils aient, dit il,“quelques bons côtés qui les mettent infiniment au dessus des Allemands”. Les Polonais sont invariablement des misérables et des gredins. Le plus vexant c’est que l’Europe ignore la Russie, ne s’y intéresse pas, alors que, notre auteur, où qu’il soit, à Florence, à Venise, parfaitement incurieux du paysage, ne s’intéresse qu’à elle et ne se console qu’en lisant les journaux russes. Bien entendu est qualifié de juif tout comportement blâmable. Les Juifs sont un corps étranger qui exploite et abrutit le pauvre peuple russe. La Russie étant le nouveau peuple élu, il ne saurait y en avoir un autre.

“Notre peuple est incomparablement plus noble, plus honnête, plus capable” que les peuples d’Occident.” L’Europe n’est plus chrétienne. Le catholicisme , parfaite trahison de l’esprit chrétien est la continuation de l’empire romain, le protestantisme est une réaction rationaliste stérile. Le peuple russe, lui, est “plein de la plus sublime pensée chrétienne.” Sa vocation consiste à révéler au monde le Christ russe.” C’est donc dans un dessein d’amour que la Russie englobera les peuples slaves orthodoxes, dominera les Balkans, fera flotter l’aigle deux têtes sur Constantinople, se mettra à la tête du monde. Elle le peut parce que la Russie, affirme Dostoïevski, est synthétique : “Nous avons le génie de tous les peuples, et en plus le génie russe : donc nous pouvons nous comprendre tandis que vous, vous ne pouvez pas nous comprendre”. “Nous avons l’idéal russe d’universalité, d’omniconciliation, de panhumanité”. Rien moins ! Ces vaticinations ne sont pas autre chose que le transfert à la Russie du destin sublime qu’avait dessiné pour les peuples germaniques le romantisme allemand. Mais l’accent de Dostoïevski est particulier.

En effet, au bagne, Dostoïevski s’était d’abord rapproché des déportés politiques polonais, qui étaient plus proches de son milieu que les droits communs russes. Les dits bagnards, le lundi de Pâques 1850, se livraient à des scènes indescriptibles d’ivresse et de violence. Son ami polonais lui dit en français : “ Je hais ces brigands”. Aussitôt Dostoïevski entra en crise et resta quelque temps dans un état second. Alors il fit une sorte de saut de la foi. Ces forçats barbares étaient tout de même métaphysiquement supérieurs aux Polonais et à tous les Européens, parce qu’ils était des Russes. Bien mieux : “ Ces hommes étaient peut être la partie la plus douée, la plus forte de notre peuple”. La plus pure parce que la moins adultérée par l’Occident. Ce lundi de Pâques est le jour de naissance du méta-nationalisme dostoïevskien.

Or sur ces entrefaites la Russie entrait dans la période dangereuse où un régime autoritaire entreprend de se réformer. Comme toujours, l’opinion favorable au changement se divisa entre ceux qui acceptaient les réformes et ceux qui voulaient les pousser plus loin et refusaient la réforme au nom de la révolution. Au début des années soixante commença à se coaguler une intelligentsia révolutionnaire. La crise des années soixante engendra un nouveau type d’homme, le militant révolutionnaire idéologue dont le type se maintiendra intact, à travers plusieurs changements de doctrine, jusqu’à Lénine et aux bolcheviks. Le fondateur de cette lignée, son premier héros était un fils de pope héroïque et névrosé, Nicolas Gavrilovitch Tchernychevski. Dans sa cellule de la forteresse Pierre et Paul, celui-ci composa un roman, Que Faire dont la valeur littéraire est nulle, la teneur intellectuelle indigente (un mélange d’utilitarisme, de matérialisme, de socialisme) et l’importance morale immense : il fondait la morale du dévouement absolu à la cause et donnait la description de “l’homme nouveau”, entraîné à cette morale des moyens et des fins révolutionnaires et donc capable de se détacher complètement de la morale commune, particulièrement dans sa version chrétienne. Lénine se déclara bouleversé et transformé par ce roman et Trotski, quand il écrit en 1939 son opuscule Leur morale et la nôtre se montrait rigoureusement fidèle à cette leçon.

En toute hâte Dostoïevski répondit à Que Faire en écrivant le Sous-Sol. Ce court roman contient une satire de l’Homme Nouveau, dont il montre, sous la carapace d’acier qu’il s’est donné, la faiblesse, l’angoisse, les honteuses passions, l’amour secret qu’il porte à l’adversaire, la cruauté envers ceux pour qui il croit se dévouer. Il est, pour reprendre un de ses titres, “le songe d’un homme ridicule”. Mais ce qui est prodigieux, c’est que Dostoïevski a compris en 1863, sur la base d’une agitation de quelques étudiants déclassés et d’un mauvais roman, que quelque chose de neuf et d’infiniment dangereux était apparu en Russie et à la surface de la terre. Une petite chaîne discontinue des complots révolutionnaires, régulièrement avortés, se noua à partir de 1863. Dans chacun se composait une nouvelle figure de l’homme nouveau. C’est pourquoi dans la chaîne parallèle des romans de Dostoïevski, nous les voyons réapparaître : Lebeziatnikov dans Crime et Châtiment, Doktorenko et Keller dans l’Idiot, Verkhovenski dans les Démons, Rakitine dans les Karamazov. Mais à côté d’eux, dans la même appartenance sociologique que les “intelligents” caricaturaux, surgissent les héros centraux Raskolnikov, Terentiev, Stavroguine, Kirillov, Ivan Karamazov, qui eux sont porteur d’un drame spirituel où va se jouer leur âme. Il se dénoue dans la mort et le néant, ou bien par un retour salvateur à Dieu et à la Russie. Alors se déploie tout autour le théâtre symbolique du roman dostoïevskien, avec les figures innocentes, pécheresses, touchantes de Sonia, de Maria la boiteuse, de la petite fille violentée qui sont autant de figures de la Russie, envahie par les démons socialistes et athées. La Russie est aussi la Terre Mère Humide, dangereusement assimilée à la Mère de Dieu, contre laquelle pèchent, et que parfois baisent prosternés les démons repentis. Dostoïevski a donc prévu, à partir d’une minuscule conspiration d’étudiants, celle de Netchaev, quel pourrait être le sort de la Russie et du Monde si cette cellule cancéreuse métastasait dans tout le corps social. Cela fait que les Démons sont un des plus grands romans jamais écrits et le plus indispensable à l’intelligence du XXème siècle.

Cependant prenons garde. Tchernychevski, Netchaev, et, parallèlement Verkhovenski ou Stavroguine, sont en effet les démons qui poussent les Russie à l’abîme, à l’instar de ceux qui dans l’Evangile précipitent les pourceaux dans la mer. Toute l’oeuvre postérieure au Sous-Sol peut être interprétée comme une tentative d’exorcisme, un Vade retro angoissé. Et pourtant, si détesté soit il, ce démonisme est secrètement préféré au monde libéral bourgeois vers lequel la Russie pourrait se diriger à l’imitation de l’Europe. Dostoïevski est fasciné devant ces jeunes gens parce qu’au moins ils sont russes. En quoi ils sont tout de même préférables au libéral et occidentaliste Stepane Trofimovitch, qui est caricature de Tourgueniev l’écrivain européanisé et haï. L’extrémisme dans le bien comme dans le mal est un trait de la Russité dont le romancier est fier. La violence dans le mal que laisse prévoir la future Révolution n’est-elle pas à préférer, malgré tout, à l’occident de toute façon condamné ? Le matérialisme bourgeois est plus détestable que le matérialisme théorique des révolutionnaires, parce qu’il exprime un bien être du créé, une satisfaction de ce monde que le romancier juge insupportable.

Nous sommes maintenant préparés à jeter un coup de sonde dans la religion de Dostoïevski. Dans la pléiade des grands romanciers européens il passe pour le représentant, sinon le prophète du Christianisme. Il faut y regarder de plus près. La notion de Christianisme suppose en théorie un certain type de relation à Dieu, au Christ, à l’Eglise, à la nature créée.

Dostoïevski n’est pas sûr de croire en Dieu. Il l’écrit dans une lettre de 1854 à sa protectrice sibérienne, Mme Fonvisine. Il le répète dans les démons où son porte parole, Chatov, confesse croire à la Russie, à l’orthodoxie, au Christ. Mais en Dieu ? Il se déclare sur ce point fils de son siècle et tourmenté par le doute. Mais si la foi en Dieu reste suspendue dans le vague, en revanche, selon lui, l’athéisme est mortel. Il ouvre un principe de damnation dans l’intelligentsia révolutionnaire. Il détruit tout ordre social : “Si Dieu n’existe pas tout est permis”, dit un personnage dans Crime et Châtiment et un personnage comique de l’Idiot réitère : “Si Dieu n’existe pas, que devient mon grade de capitaine ?” Une seule chose cependant est pire encore que l’athéisme, c’est le catholicisme. Un prince Gagarine s’y était converti et était même devenu jésuite. De quelles insultes Dostoïevski ne l’abreuve-t-il pas. Il eût mieux fait d’être athée. La parabole fameuse du “grand Inquisiteur” désigne l’objet combiné du socialisme despotique et de sa pire forme possible, sa forme catholique, plus perverse en somme que celle des révolutionnaires russes qui, du moins, sont athées.

L’amour passionné de Dostoïevski pour le Christ est en revanche attesté de bonne heure. Il lui est revenu au bagne : “ Par le Peuple, je le reçus de nouveau dans mon coeur”. Quel Christ ? Comme il en parle il n’est pas si différent du Christ de Renan : un homme idéal, admirable, mais homme : “Il n’est rien de plus beau, de plus profond, de plus sympathique, plus viril et plus parfait que le Christ et non seulement il n’est rien - je me le dis avec un amour jaloux - mais il ne peut rien être”. Son Christ se place dans la série des Christs romantiques, entre le Christ de Hegel, et le Parsifal de Wagner, une sorte aussi de Kaspar Hauser chu des mondes supérieurs dans celui ci, dont l’icône adéquate est le prince Mychine dans l’Idiot, témoin impuissant, autour de qui se multiplient les catastrophes. Est il ressuscité ? Dostoïevski en contemplant le Christ mort de Holbein au musée de Bâle avait été bouleversé par le doute. Est il la Vérité ? “Si l’on me prouvait, poursuit-il dans la lettre à Nathalie Fonvisine, que le Christ est hors de la vérité et qu’il fût réel que la vérité soit hors du Christ, je voudrais plutôt rester avec le Christ qu’avec la vérité”. Parole d’allure grandiose, mais fort dangereuse puisqu’elle admet qu’il pourrait être beau et méritoire de suivre un imposteur. En ce cas son culte d’hyperdulie du Christ, d’un Christ sans rapport défini avec le Père ni avec la toute puissance, ni avec la vérité, ni avec la promesse d’Israël, pourrait en toute rigueur être taxé d’idolâtrie.

Et l’Eglise ? Bien entendu Dostoïevski nie avec indignation qu’on puisse être un vrai chrétien, encore moins un vrai Russe en dehors de l’Eglise orthodoxe. Cependant il en fait peu état, sinon pour marquer son peu d’estime pour la hiérarchie de cette Église. La véritable Église, c’est la Russie, et dans la Russie le peuple russe. Certes le peuple ne connaît pas la Bible, ni l’Evangile, ni le dogme, ni les règles morales, “ mais pour ce qui est du Christ, il le connaît et il le porte dans son cœur pour l’éternité”. C’est pourquoi le Christ en définitive se réduit au “Christ Russe”, l’incarnation non du Verbe de Dieu mais de l’essence de la Russie, de son idéal qu’elle doit répandre sur le monde afin de le rénover. Les Slavophiles affirmaient que la Russie était sainte à cause de la pureté de son orthodoxie. Dostoïevski pense au fond que l’orthodoxie est pure à cause de la sainteté de la Russie.

Cependant Dostoïevski n’aime pas le monde. Il projette sur lui son pessimisme gnostique (il a beaucoup lu Swedenborg). La nature est pleine de bêtes horribles qui surgissent dans les rêves et les hallucinations. Par moment, il est vrai, dans d’autres rêves, dans l’élation qui suit la crise d’épilepsie, ou en contemplant à Dresde une toile de Claude Lorrain il entrevoit une sorte d’Arcadie lumineuse, d’Age d’or, ou tout est réconcilié. Le monde est ainsi scindé, comme est la Russie elle même, pleine de péché et de misère mais qui mystiquement se transfigure quand on se convertit à elle.

Il découle de tout cela une morale qui se calque sur les mœurs extrêmes qu’il prête au peuple russe, capable de barbarie, de mensonge, de violence mais aussitôt d’accès de bonté et de générosité. Dostoïevski le justifie. Cette morale dévalue les commandements de la Bible et leur substitue les conseils évangéliques. Les commandements sont facultatifs, les conseils sont obligatoires. Voler est excusable, mais il est inexcusable d’être propriétaire. L’œuvre de chair est concevable dans le viol, suspecte, voire coupable dans le mariage. Mais surtout, le péché et la grâce sont donnés ensemble et d’une certaine manière le péché est la condition de la grâce. Ce n’est pas la vertu qui prépare à la vertu mais le crime et l’athéisme est le point de passage obligé au seuil de la conversion. Dostoïevski a porté au comble, au littéral , au vertigineux la formule de Luther : simul peccator et justus.

L’héritage posthume d’un grand homme contient au point de vue de l’exactitude historique du vrai et du faux.

Le vrai Dostoïevski me semble avoir été correctement perçu en Russie. Comme on peut le penser Lénine le vomissait , le considérait comme une saleté réactionnaire. Le plus grand auteur russe fut très logiquement en Union Soviétique un auteur interdit. En revanche la culture brillante de l’âge symboliste professait pour lui un culte équivoque. Il était accordé à son apocalyptisme, à son nationalisme messianique. Dostoïevski haïssait la révolution, mais en même temps il décourageait de résister sérieusement, c’est à dire politiquement à son oeuvre de destruction. Ce monde ne méritait pas d’être défendu. Attendons l’Apocalypse et l’Apocatastase. Pour Ivanov, pour Berdiaev, Dostoïevski tendait au bolchevisme un miroir métaphysique profond où l’Occident superficiel et vain était incapable de lire. Quand Berdiaev écrivait que le Bolchevisme avait eu au moins ceci de bon qu’il avait empêché la Russie de suivre le chemin de l’embourgeoisement européen, quand il reprit à la fin de sa vie un passeport soviétique, il n’était pas infidèle à l’esprit de Dostoïevski. L’enfer russe que, selon lui, seul un Russe peut comprendre est tout de même préférable à la satisfaction suisse. L’enfer est un lieu de mauvais anges, mais d’anges, et donc en en soi supérieur à la simple terre où les hommes tâchent de vivre. En plus on y souffre.

En relisant Dostoïevski, j’ai été frappé de voir combien nombre de ses thèmes ont été repris par Soljenitsyne. Certes, Soljenitsyne au Goulag, n’a pas adoré le pouvoir qui l’y avait jeté. Il l’a combattu au nom d’une idée fort concrète de la vérité et de la justice. Il n’a pas haï l’Occident pendant son exil. Il n’a pas eu cependant beaucoup d’estime ni de curiosité pour lui, et n’a pas fait l’effort d’apprendre l’anglais. Il n’a eu de pensée que pour la Russie, son histoire son essence, son destin, persuadé qu’aucun occidental ne pouvait la comprendre. Il a admiré Stolypine, y voyant, à la façon de Dostoïevski, le modèle d’une union du peuple avec un pouvoir d’en haut intelligent et fort. Comme son prédécesseur il compte sur le peuple, sur le Zemstvo, il l’appelle au travail, à la mise en valeur de la Sibérie. Comme lui il veut réunir “dans l’amour” l’Ukraine et la Biélorussie, il comprend mal l’identité persistante du peuple juif, il ne conçoit pas qu’un Russe puisse être chrétien en dehors de l’Eglise du patriarcat de Moscou. Le vrai point commun entre ces deux grands hommes est celui ci : le problème clé devant lequel se trouve la Russie n’est pas un problème politique, mais un problème national, moral et religieux. Ou encore : le national, le moral, le religieux peuvent et doivent se substituer au politique. La question est de savoir si l’on peut faire l’économie de l’ordre politique.

Tournons nous vers l’Occident. La fortune de Dostoïevski repose-t-elle sur une illusion ? Les bons connaisseurs de la Russie ne se sont pas laissé leurrer par le mirage. Mais ceux qui ne connaissaient pas les coulisses et les arrières plans russes de son oeuvre se sont ils laissé blouser par un Dostoïevski imaginaire ? Je ne le pense nullement.

Laissons de côté l’influence littéraire colossale de Dostoïevski sur la littérature mondiale. Faut il pour s’en tenir au seul domaine français, citer Bloy, Mauriac, Bernanos, Claudel mais aussi Proust, Gide, Jouhandeau, Simenon et combien d’autres ? Concentrons nous sur son influence spirituelle. La partie politique de son oeuvre est considérée comme une affaire intérieure russe qui n’intéresse guère l’Occident. C’est essentiellement le penseur religieux qui a été pris au sérieux. Melchior de Vogüe salue en 1886 dans le Roman russe une sorte de bouée de sauvetage capable d’insuffler dans notre littérature si tristement desséchée le supplément d’âme qui lui fait si tristement défaut. Il trouve Dostoïevski un peu fort de café, mais il reconnaît en lui l’interprète autorisé du “livre régulateur”, l’Evangile. Il ne remarque pas que ces Russes dont il admire l’originalité avaient été nourris de Buchez, de Leroux, de Lamennais, de Sand, de toute une littérature sociale-chrétienne un peu exaltée qui en France était largement oubliée, mais qui en Russie, lue avec retard, était encore fraîche et stimulait les écrivains. La Russie lui renvoyait dans un miroir grossissant, éblouissant, des thèmes qui avaient eu leur heure et revenaient maintenant avec le décalage d’une génération.

La trop forte liqueur dostoïevskienne a surtout été appréciée après les grands désastres de la première et de la seconde guerre mondiale. Il devient accordé à un monde en désarroi. Karl Barth dans son livre inaugural de 1918, l’Epître aux Romains se réfère constamment à Dostoïevski, aux côtés de Kierkegaard et de Nietzsche, les trois prophètes des temps de catastrophe. La théologie négative de Barth récuse toute religion, y compris la chrétienne, au profit d’une foi dont la teneur est difficile à expliciter. C’est pourquoi il emprunte littéralement à Dostoïevski le paradoxe qui fait de la négation de toute croyance, la propédeutique de cette foi et, de l’extrême du mal, l’introduction à l’espérance eschatologique : “Le cri du révolté contre Dieu est plus proche de la vérité que les artifices de ceux qui entendent le justifier”.

En 1959, en pleine hégémonie marxiste sur la France, le P. de Lubac conclut sur Dostoïevski son Drame de l’humanisme athée. Il le dresse dans un grandiose parallèle avec Nietzsche, son frère jumeau et son pôle opposé. La citation toujours opportune de Dostoïevski vient avec abondance soutenir sa thèse et enrichir la haute théologie du futur cardinal. J’en dirais autant des analyses de Romano Guardini, de Tillette, de René Girard, pour qui il ne fait pas de doute que Dostoïevski est un penseur chrétien de toute première importance et même qu’il a compté dans le développement personnel de leur foi sans que sa rectitude soit sérieusement déviée par ses hyperboles. Ont ils mal lu ? N’ont-ils pas vu où menait son anomisme voire son antinomisme surchrétien ? Ou bien peut-on simplement constater que les grands textes supportent plusieurs sens et plusieurs lectures ? Dostoïevski “grand homme” échappe de tous côtés aux limitations que son temps, ses passions, son pays lui ont imposés. Il échappe à la description où je l’ai enfermé. Ses délires, ses mensonges, ses folies, deviennent dans un autre climat et sous d’autres regards sa vérité et sa sagesse.

A propos d’Alain Besançon

Alain Besançon
Alain Besançon
Membre de l’Académie des sciences morales et politiques

Élu, le 11 décembre 1996, en section Morale et Sociologie, au fauteuil du grand rabbin Jacob Kaplan. Alain Besançon a été transféré, par décision de l’Académie des sciences morales et politiques, dans la section Philosophie pour pourvoir au fauteuil laissé vacant par le décès de Jean Guitton.

Sa carrière

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, agrégé d’histoire, docteur en histoire et docteur ès lettres et sciences humaines, Alain Besançon a tout d’abord été professeur agrégé de l’enseignement secondaire au lycée de Montpellier, au lycée Carnot de Tunis puis au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine (1957-1960). Il fut également attaché de recherches au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) (1960-1964).

La carrière universitaire d’Alain Besançon s’est poursuivie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) comme maître-assistant (1965), puis sous-directeur (1969), enfin directeur d’études (depuis 1977).

A l’étranger, il a enseigné dans de nombreuses institutions et universités aux Etats-Unis :
- Research Associate à la Columbia University à New York (1964),
- Visiting Professor à la Rochester University à New York (1967-1968),
- Visiting Scholar au Wilson Center, Kennan Institute à Washington (1979),
- à la Hoover Institution à Standford (1983-1984),
- Visiting Scholar, Princeton University (Princeton) (1995).
En Grande-Bretagne, il a été Visiting Fellow au All Souls College à Oxford (1986).

Alain Besançon est membre du comité de rédaction des Cahiers du monde russe, depuis la fondation en 1961, et membre du conseil de rédaction de Commentaires depuis 1986. Il a également été éditorialiste à L’Express de 1983 à 1988.

Ses œuvres

- 1967 - Le Tsarévitch immolé
- 1971 - Histoire et expérience du moi
- 1971 - Entretiens sur le Grand Siècle russe et ses prolongements (en collaboration)
- 1974 - Education et société en Russie
- 1974 - L’Histoire psychanalytique, une anthologie
- 1974 - Etre russe au XIXe siècle
- 1976 - Court traité de soviétologie à l’usage des autorités civiles, militaires et religieuses
- 1977 - Les Origines intellectuelles du léninisme
- 1978 - La Confusion des langues
- 1980 - Présent soviétique et passé russe
- 1981 - Anatomie d’un spectre, l’économie politique du socialisme réel
- 1984 - Courrier Paris-Stanford (en collaboration)
- 1985 - La Falsification du bien, Soloviev et Orwell
- 1987 - Une génération
- 1989 - Vendredis
- 1994 - L’Image interdite, une histoire intellectuelle de l’iconoclasme
- 1996 - Trois tentations dans l’Eglise
- 1998 - Aux sources de l’iconoclasme moderne
- 1998 - Les Malheurs du siècle : sur le communisme, le nazisme et l’unicité de la Shoah

Alain Besançon est également venu s’exprimer au micro de Canal Académie au cours des émissions suivantes :
- L’Association philotechnique
- L’image interdite : une histoire intellectuelle de l’iconoclasme
- Hommage au Rabbin Jacob Kaplan
- Le malheur du siècle : Communisme - Nazisme - Shoah
- Le monde soviétique vu par deux générations
- Le centenaire de Raymond Aron






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