Le Club

Découvrez le club Canal Académie et créez votre compte dès maintenant pour profiter des avantages, des exclusivités, des services...

Découvrir le Club

Michel Lacroix : « Réalisation de soi et style d’existence » ou comment renouveler la sagesse au XXI e siècle

Le philosophe intervenait au colloque "Quelle sagesse pour notre temps ?" de la Fondation Ostad Elahi Ethique et Solidarité humaine
A l’occasion de la 10 e édition de la Journée de la solidarité humaine, l’Institut de France et la Fondation Simone et Cino del Duca accueillaient un colloque dont le thème s’articulait autour de la question "Quelle sagesse pour notre temps ?" à l’initiative de la Fondation Ostad Elahi Ethique et Solidarité humaine. Michel Lacroix aborde le développement personnel et l’épanouissement de chacun à travers un exposé intitulé "Réalisation de soi et style d’existence" dans lequel il définit les trois piliers de la sagesse future. Sa définition de la sagesse ? "Le juste milieu" entre soi et les autres, entre action et contemplation, entre particularisme et universalisme...


T�l�charger le fichier sur votre ordinateur
Références émission afficher
Émission proposée par : Jacques Paugam
Référence : col674
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/col674.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 25 mars 2012

Dans la première partie de cette émission, et durant une dizaine de minutes, Michel Lacroix développe son propos sur le développement personnel. Dans la seconde, il répond à quelques questions posées par le journaliste Jacques Paugam.


« Réalisation de soi et style d’existence »

"En réalité, ce titre, je l’ai déposé il y a six mois (c’est-à-dire début 2011) et en six mois, les choses ont évolué, donc ne m’en veuillez pas si mon approche du problème est un tout petit peu différente. Je voudrais aborder trois points, au sujet desquels il me semble qu’une sagesse renouvelée est nécessaire pour vivre au 21ème siècle.

- 1. Le premier point concerne ce qu’il est convenu d’appeler « le souci de soi ». Le souci de soi est une des grandes tendances sociologiques de notre époque. Tout le monde aspire désormais, très légitimement, à l’épanouissement de soi, à la réalisation de soi. La forme la plus courante de cette aspiration est celle que lui a donnée le développement personnel. Le mouvement du développement personnel repose sur deux atouts : nous avons tous un potentiel riche, fait de motivations et d’aptitudes, de désirs et de talents ; et en second lieu, ce potentiel doit éclore, il doit être mis en œuvre, il ne doit pas rester en friche, il doit être concrétisé. Cette idée de potentiel humain me paraît être une très belle idée, une idée très riche. Historiquement, elle aura peut-être autant d’importance que l’idée de salut, au Moyen-Age ou à l’âge classique. Cette idée de potentiel humain modifie profondément le regard que nous portons sur l’enfance et sur l’éducation des enfants. Mais en pratique, nous le savons, le développement personnel dérive souvent vers le nombrilisme, vers le narcissisme, il faut donc lui réinsuffler le sens de l’altérité, en rappelant une évidence très simple : l’épanouissement de chaque individu ne saurait être simplement une affaire de technique psychologique, de technique de gestion mentale, de technique de dynamisation mentale, de technique de pensée positive ou de programmation neurolinguistique. Ma réalisation personnelle n’est possible que parce que j’ai reçu, et parce que je continue de recevoir, cette nourriture psychologique que constitue l’amour des miens, la tendresse, l’amitié, l’estime de mes semblables, leur attention, leur confiance. C’est cette présence d’autrui à mes côtés qui me permet de me développer. À cet égard nous sommes tous au fond, peu ou prou, un peu comme Jean Valjean, toutes proportions gardées : le héros des Misérables, l’ancien bagnard, sort de la nuit dans laquelle il est plongé. Il entre dans une démarche d’accomplissement de soi, -cette démarche décrite avec une grande finesse par Victor Hugo tout au long des 1500 pages de son roman-, parce qu’il a eu la chance de rencontrer sur son chemin, au début du roman, un homme compatissant, Monseigneur Myriel, qui lui donne sa confiance. Valjean a eu également la chance de prendre en charge Cosette, de s’en occuper. Cette responsabilité, d’une certaine manière, va donner du sens à sa vie. C’est l’amour reçu par Jean Valjean et l’amour donné par Jean Valjean qui sont les vrais catalyseurs de son épanouissement. Voilà ce qu’il faut rappeler aux gourous du développement personnel.


- 2. Le deuxième axe de réflexion concerne le rapport entre l’action et la contemplation, où il me semble que la sagesse est à inventer ou à réinventer. Il y a en effet, si nous y réfléchissons, deux manières d’être très différentes chez l’individu en quête de réalisation de soi. L’individu peut chercher à se réaliser par une détente ou au contraire par une tension de son être. Je peux chercher à me réaliser par“ le lâcher prise” ou au contraire par une mobilisation de mon énergie. Je peux être dans le repos ou dans le mouvement. Schématiquement, pour présenter peut-être les choses un peu de façon cavalière, il me semble que dans l’Antiquité et au Moyen-Age, nous avons plutôt privilégié la première voie comme une voie royale vers la réalisation de soi. La deuxième option a été favorisée par la modernité. À cet égard, le 19e siècle et le 20e siècle ont été l’apogée du mouvement de la tension de l’être comme moyen privilégié de la réalisation de soi. Nous avons assisté pendant ces deux siècles à l’irruption dans la conscience collective, de figures héroïques, de figures exemplaires, présentées comme des types humains parfaitement accomplis, qui avaient pour trait commun d’être des figures caractérisées par une énergie extraordinaire. Dans les mouvements de jeunesse, par exemple des années 50 et 60, nous célébrions Mermoz, Baden Powell, Byron, Savorgnan de Brazza, Gustave Eiffel, Lyautey, en somme des hommes d’action. Nous le savons, la philosophie, globalement, au cours des deux derniers siècles, s’est rangée du côté des valeurs de l’action. Emmanuel Mounier exalte comme moyen d’être une personne, pour employer l’expression qui lui est chère, non pas la vie intérieure, mais le bondissement en avant : l’engagement. Nietzsche déclare que tout bonheur est dans la lutte. Marx considère que la réalisation de l’essence de l’homme n’est possible que si l’homme s’engage dans une double praxis. La praxis révolutionnaire, c’est-à-dire la lutte des classes, ou la praxis du travail qui est une lutte contre la nature. « En agissant sur la nature, écrit Marx, l’homme transforme sa propre nature, il développe les puissances endormies en lui ». Mais peut-être le balancier est-il allé trop loin, et aujourd’hui il me semble que beaucoup de gens souffrent parce que le ressort de l’action a été en quelque sorte tendu de façon excessive. Il faut donc trouver un juste milieu entre la vie active et la vie contemplative. Ce juste milieu qui, soit dit au passage, est un peu ma définition de la sagesse. Concrètement cela veut dire réinjecter dans nos existences les valeurs de lenteur, de loisirs paisibles, d’émotions paisibles, de disponibilité face au monde, les valeurs de réceptivité, de tranquillité. Il faut ménager dans nos vies des moments, des espaces de silence, de lecture, de solitude. Ces valeurs et ces attitudes ont un avantage : elle nous rendront moins agressifs, moins avidement consommateurs, moins prédateurs par rapport aux ressources limitées de la planète. De sorte que ce rééquilibrage entre la vie active et la vie contemplative va dans le sens du développement durable. Pour opérer ce changement, nous pouvons nous tourner vers les philosophies de l’Orient qui nous enseignent “le lâcher prise”, la méditation, la découverte de la vie intérieure. Mais nous pouvons aussi, d’une façon tout aussi salutaire, nous tourner, nous inspirer de certains penseurs occidentaux qui depuis trois siècles, en contrepoint de la fièvre activiste, ont fait entendre une voix différente. Je pense en particulier à Rousseau, le Rousseau des Rêveries du promeneur solitaire, et en particulier le Rousseau de la 5e promenade. Chapitre dans lequel Rousseau raconte ses après-midi passés au bord du lac de Bienne, où il nous montre, par l’exemple, que l’on peut atteindre à une forme de plénitude existentielle en s’abandonnant à l’inaction. Il nous apprend, je cite « à jouir du pur sentiment d’exister ».

Michel Lacroix
Michel Lacroix

- 3. J’en viens au 3e pilier de la sagesse future. L’un des défis du 21e siècle, -c’est ma conviction profonde-, sera de concilier le particularisme et l’universalisme. J’ai besoin pour m’épanouir, de m’ancrer dans la particularité, dans la particularité d’une langue, d’une histoire nationale, d’une tradition, d’une culture, d’une, selon l’expression employée, "communauté ethnoculturelle", j’ai besoin de m’ancrer dans la particularité d’une religion, d’une patrie. Je ne suis pas un électron libre, sans port d’attache, errant à la surface du globe, comme disent les sociologues, « il me faut être intégré à un groupe d’appartenance ». D’ailleurs, à cet égard, l’itinéraire de Maurice Barrès est tout à fait significatif. Maurice Barrès, au début de sa vie d’adulte, est parti en fanfare à la découverte de son “moi” dans un esprit très individualiste. C’est d’ailleurs lui qui forge l’expression promise à un grand avenir de « culte du moi ». A un moment donné, -moment qui coïncide d’ailleurs historiquement avec l’affaire Boulanger, mais peu importe les circonstances conjoncturelles-, il se rend compte de la nécessité pour lui d’un ancrage, et ce sera l’ancrage dans la nation, dans ce qu’il appelle « la terre et les morts ». Il résume son itinéraire en disant ceci : « J’ai trouvé dans la Lorraine la loi de mon développement ». Phrase assez étonnante que nous pouvons traduire de la manière suivante : j’ai trouvé dans le particularisme provincial, national, communautaire, le moyen de mon développement personnel. Mais cet enracinement particulariste dans un groupe ethnoculturel n’est pas suffisant me semble-t-il. Pour épanouir complètement mon humanité, il faut aussi que je m’élève à l’universalité. Je dois rejoindre la sphère de l’universel. Au particularisme doit s’ajouter l’universalisme. Concrètement être universaliste cela signifie adhérer aux principes de la démocratie et des droits de l’homme, et considérer ces principes comme applicables à toutes les sociétés, sans exception. Cela veut dire croire en une morale universelle et adhérer, ou reprendre à son compte, le principe d’universalisation qui est à la base de la morale kantienne. Être universaliste, cela signifie aussi croire fondamentalement en l’unité de l’humanité et ne pas se résigner à son éclatement, en civilisations radicalement multiples et radicalement différentes sans plate-forme commune. Éclatement dont paraît s’accommoder si facilement Huntington. Être universaliste est aussi souhaiter l’avènement d’un ordre international pacifique et juste. Cela veut dire enfin chercher à donner un contenu concret à l’idée de citoyenneté du monde. Au 21e siècle, ma conviction profonde est qu’il va falloir impérativement faire tenir ensemble le besoin de particularisme des individus et ce credo universaliste. Pour exprimer les choses autrement, il va falloir réconcilier les frères ennemis qu’étaient Julien Benda, l’auteur de La trahison des clercs, et Maurice Barrès. Car nous avons besoin de ces deux dimensions. La conjugaison de ces deux principes est une nécessité. L’universalisme est un garde-fou indispensable contre les dévoiements du particularisme. Il empêche le particularisme de dévier vers la xénophobie, vers le repli identitaire, vers l’isolement culturel. C’est d’ailleurs parce qu’il a méconnu cette loi, cette exigence que Maurice Barrès a laissé à la postérité une image déplorable. Barrès avait en haine l’universalisme kantien, résultat : son particularisme a sombré dans l’antisémitisme au moment de l’affaire Dreyfus. Mais réciproquement, le particularisme est nécessaire à l’universalisme : Je remplirai d’autant mieux ma tâche au service de l’universel, que j’aurai, en quelque sorte, donné satisfaction à mon besoin de particularité. Autrement dit, j’aurai un abri dans le concret d’une communauté, ou mieux, parce que je me méfie un peu du communautarisme, d’une patrie. L’universel a besoin du particulier disait à peu près en substance Hegel. L’universalisme a besoin pour prospérer du terreau du particularisme. J

J’en arrive à ma conclusion en vous disant que ce sont là trois piliers de sagesse ou plus précisément les trois des piliers de la sagesse qui seront nécessaires pour vivre au 21e siècle.


Ostad Elahi
Ostad Elahi

- Jacques Paugam : Commençons par votre troisième pilier, conciliation entre particularisme et universalisme. Cela veut-il dire que dans la complexité du monde actuel, nous avons besoin lorsqu’une tendance émerge d’y associer, presque toujours, la tendance contraire ?


- Michel Lacroix : S’agissant de la question du particularisme et de l’universalisme, il me semble que c’est le cas. Je pense qu’il faut équilibrer l’un par l’autre. Pouvons-nous généraliser et affirmer que dans toutes les situations de la vie il faut trouver cet équilibre entre des forces antinomiques et contraires, peut-être... mais s’agissant de l’universalisme et du particularisme, je crois que l’un ne peut pas vivre, se développer sans l’autre. La construction de l’Europe ou la contribution que nous pouvons apporter à une gouvernance mondiale, à la création d’un ordre international, induit que les individus aient satisfait le besoin particulariste. Cette dimension universaliste, ce messianisme universaliste suppose l’existence des patries. C’est l’une de mes convictions les plus profondes.


- Jacques Paugam : D’où votre livre Eloge du patriotisme, qui a créé la surprise

- Michel Lacroix : D’où ce livre qui n’a pu surprendre que ceux qui avaient oublié l’existence même du mot patrie. Pour dissiper toute ambiguïté, c’est un livre dans lequel je m’efforce de tracer une frontière très nette entre ce qui relève du patriotisme, dans la plus pure tradition républicaine, et ce qui relève du nationalisme. Pour moi, il y a vraiment un fossé total entre ces deux notions.


- Jacques Paugam : D’autant qu’historiquement, la notion de patriotisme est une notion extraordinairement nomade : elle est née à gauche, elle est repassée à droite, elle est retournée à gauche...


- Michel Lacroix : Au XIX e siècle, elle est plutôt une idée de gauche. Pour ma part, j’envisage le patriotisme au-delà du clivage gauche-droite. Cette notion me paraît trop réductrice : assigner au patriotisme une place dans l’échiquier des partis politiques. À partir du moment où un parti politique existe, je considère qu’il se préoccupe du bien public et se préoccuper du bien public, c’est se préoccuper de ce qui fait la cohésion nationale, le sentiment de l’identité nationale, et donc le patriotisme, est forcément au cœur des visées, des finalités que les gouvernants doivent proposer.


-  Jacques Paugam : Si je schématise vos propos, dans la progression de la recherche de la sagesse lors des derniers siècles, nous sommes passés de la pensée des philosophes, particulièrement ceux du XVIII e, à celle des écrivains dans une optique différente. Nous pourrions évoquer Gide. Gide et Barrès c’est un peu la même démarche : l’égotisme, l’individualisme ?


- Michel Lacroix : Au départ absolument, il y a une parenté, il y a une souche commune. Leur deux pensées sont enracinées dans un individualisme radical. La grande différence, c’est que Gide n’a pas eu cette révélation qui a façonné Maurice Barrès, le ferment de La colline inspirée et de l’enracinement. Il a répliqué à Barrès, de façon un peu ironique : « Né à Paris, d’un père uzétien et d’un mère normande, où voulez-vous monsieur Barrès que je m’enracine ? » Donc à un moment donné Barrès a fait le choix, un choix sur lequel on peut s’interroger d’ailleurs, puisqu’ il a fourvoyé la conception de la nation sur une voie qui est un peu contraire à l’essence de la philosophie républicaine. Alors en France nous avons d’un côté l’option de Barrès, et de l’autre, l’option de Renan. D’un côté la nation est fondée sur le déterminisme de la race comme on disait au XIX e siècle, de l’ethnie, de la naissance, de l’appartenance généalogique, biologique, génétique, et de l’autre, il y a l’option de Renan, développée dans Qu’est-ce qu’une nation ?, où Renan montre que la nation est fondée essentiellement sur la volonté des individus, d’appartenir à une nation sur le contrat, sur le consentement, c’est la fameuse formule qu’il développe et qui est inscrite dans toutes les mémoires, « La nation est un plébiscite de tous les jours. » Deux approches philosophiques antinomiques de la nation. Le grand reproche que nous pouvons adresser à Barrès c’est d’avoir, avec un certain autoritarisme, soutenu la première approche.


- Jacques Paugam : La première étape est la réflexion des philosophes, la deuxième étape la revendication des écrivains, quel que soit leur talent, et la troisième étape, émergeant dans les années 70, les mouvements du potentiel humain. N’est-ce pas une chute de niveau ? nous sommes un peu dans le besogneux ; Je vais prendre un exemple : vous avez eu le courage de consacrer un livre au new-age il y a une vingtaine d’années, mais que reste-t-il, aujourd’hui, de la sagesse de ce mouvement ?

Michel Lacroix : Le new-age s’est quand même un tout petit peu inscrit dans la sensibilité collective. Il a certainement favorisé l’ouverture à des spiritualités un peu œcuméniques. Ce n’est pas le pire aspect du new-age que d’avoir incité à aller regarder vers d’autres traditions spirituelles !


- Jacques Paugam : L’hindouisme et le bouddhisme avaient-ils besoin du new-age ?


- Michel Lacroix : Peut-être pour les érudits, pour les philosophes, pour les savants. Pour le grand public il a quand même libéré, ouvert, dans certains cas, l’horizon. Il y a quand même eu dans le new-age, dont j’ai instruit par ailleurs le procès, l’esquisse d’une épure, d’un rapport différent à l’écosystème planétaire. Il a contribué à répandre la bonne parole écologiste. Cela doit être mis à son crédit il me semble. Nous pouvons laisser tomber tout le fatras ésotérique bien-entendu, mais cet aspect là n’est pas négligeable.


- Jacques Paugam : Au fond, serait-ce l’idée de reconnaître la diversité des types d’existence, des styles d’existence dont vous parlez ? Cela ne déboucherait-il pas finalement sur une sorte de relativisme : après tout, tout se vaut !


- Michel Lacroix : Dans mon exposé, j’ai peu parlé de cette notion qui était énoncée dans le titre, mais la diversité des styles d’existence découle un tout petit peu de ce que je vous ai présenté. Le dualisme entre particularisme et universalisme, entre action et contemplation, et d’autres dualités que l’on pourrait faire apparaître, -selon que l’individu place le curseur plus ou moins vers l’une ou l’autre de ces polarités- aboutit à l’idée que la réalisation de soi se dessine sous la forme d’une pluralité d’existences. Entre l’individu qui va se réaliser plutôt à travers l’action et celui qui va plutôt être sollicité par la contemplation, il y a évidement un contraste.


- Jacques Paugam : Si nous raisonnons en termes de groupe, -je me fais l’avocat du diable-, cela pourrait-il déboucher sur la reconnaissance comme valeur du multiculturalisme avec tout ce que cela peut impliquer en termes de ghettos juxtaposés ? _
- Michel Lacroix : sauf que là, en dernière instance, c’est l’individu qui est maître de sa vie, je veux dire qu’il n’est pas soumis à une communauté ethnoculturelle, il n’est pas déterminé par une culture, il est important de choisir son style d’existence. Le dernier mot doit appartenir à l’individu. Je prône la liberté du choix de son existence, et aucunement l’inféodation à une tradition culturelle qui nous dépossède de notre liberté et qui nous impose ce que nous devons être. Je suis plus du côté ethno individualisme que du multiculturalisme.


- Jacques Paugam : Prolongeons cette idée : nous admettons qu’un certain nombre de règles est nécessaire pour vivre en communauté. Vous avez eu le courage d’écrire un livre sur la politesse. C’est un sujet qui fait sourire pas mal de gens ! Or dans ce livre vous abordez l’essentiel.

Michel Lacroix : Il faut nuancer. Au cours des années 80 effectivement le thème faisait sourire, j’ai le souvenir de mes collègues de philosophie qui ne prenaient pas très au sérieux une réflexion sur la politesse. Les mentalités ont beaucoup changé depuis. Nous nous sommes rendu compte que la civilité est la base-même du vivre ensemble. C’est le degré zéro du vivre ensemble. Donc les mentalités évoluent. À l’époque cela pouvait paraître incongru, mais je crois que maintenant cela ne l’est plus du tout. Le besoin de civilité est vraiment plus fort que jamais. Sur le plan éditorial cela se constate, il n’y a qu’à penser au nombre de livres savants, estampillés par l’université, rédigés par des philosophes, des sociologues ou des linguistes. En particulier, les chercheurs en linguistique pragmatique qui s’intéressent au langage et aux effets du langage qui tournent autour de la question de la civilité. C’est plus actuel que jamais.

_

La Fondation Ostad Elahi-éthique et solidarité humaine est une fondation reconnue d’utilité publique créée par décret du Premier ministre le 27 janvier 2000. Elle possède le statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies. Le Conseil de l’Europe et l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne sont membres de droit de son Conseil d’administration. Son président fondateur est M. Bahram Elahi, professeur émérite de chirurgie infantile.

Fondation Ostad Elahi - éthique et solidarité humaine
59, avenue Victor Hugo 75116 Paris
Téléphone : 01 47 27 14 89
Télécopie : 01 47 27 14 99
Email : info@fondationostadelahi.fr
Sites : http://www. fondationostadelahi.fr/
http://video. fondationostadelahi.com/

Ce colloque « Quelle sagesse pour notre temps ? », organisé par la Fondation Ostad Elahi, s’est tenu sous l’égide de l’Académie des sciences morales et politiques, en partenariat avec Le monde des religions et Canal Académie, à la Fondation Simone et Cino del Duca, à Paris.

Sur Canal Académie, vous pourrez entendre l’intégralité des interventions de ce colloque. Elles seront diffusées au fur et à mesure des mois qui viennent.

- Vous pouvez aussi écouter une émission avec le philosophe Bernard Bourgeois, de l’ASMP, qui présente ce colloque et surtout qui explique pourquoi notre époque n’est pas, selon lui, propice à trouver la sagesse…

- Ecoutez l’intervention de Michel Hulin, intitulée « L’orthodoxie et l’individualisme religieux en Inde ».

- Ecoutez aussi le philosophe Bernard Bourgeois présenter ce colloque : Bernard Bourgeois : Quelle sagesse pour notre temps ?

- Ecoutez l’intervention de Maurice-Ruben Hayoun, intitulée "la sagesse dans la tradition juive et son apport pour aujourd’hui"

- Ecoutez l’intervention de Pierre Magnard, intitulée "Unicité de Dieu, unicité du genre humain"

- Ecoutez l’intervention d’Anne Baudart Anne Baudart : La sagesse ? une médecine de l’âme et consultez la biographie d’Anne Baudart sur le site de la fondation Ostad Elahi-

- Ecoutez l’intervention de Geneviève Gobillot, intitulée « Le Coran, guide de lecture des Écritures »









© Canal Acadééémie - Tous droits rééservés

Notez cette émission :

Commentaires