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Science-Fiction par Michel Pébereau : Les enfers virtuels, de Iain M. Banks

La face cachée des univers virtuels ...
Les enfers virtuels, divisé en deux tomes, fait partie du cycle de la Culture de Iain M. Banks. Dans ce sixième roman de cette collection, l’auteur nous emmène dans des univers virtuels informatiques qui sont de véritables enfers virtuels où leurs ressortissants supposés criminels y subissent des tortures atroces...


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Référence : chr818
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Date de mise en ligne : 1er juillet 2012

La Culture, qu’a imaginée Iain M. Banks, est une gigantesque union intergalactique d’un très lointain futur. Elle est composée de mondes innombrables éparpillés dans un espace sans limites. Des espèces intelligentes très diverses y cohabitent : des humains bien sûr, qui vivent en moyenne 400 ans et s’ennuient un peu ; des extraterrestres, aussi étranges par leurs formes que par leurs modes de pensée et de communication ; des intelligences artificielles ou biologiques incorporées dans divers objets animés ; et puis un invisible réseau d’ordinateurs d’une capacité illimitée interconnectés par la toile d’Internet, qui constitue un centre presque universel d’intelligence, et qui peut animer, à distance, des androïdes aussi bien que des drones.

Iain Banks en 2009
Iain Banks en 2009

La Culture exerce un pouvoir lointain et tolérant. Elle est profondément hédoniste et a des pulsions anarchistes. Mais elle est aussi susceptible d’organiser à tout moment et partout les actions nécessaires pour rétablir l’équilibre et la paix lorsqu’ici ou là émerge un pouvoir qui risque vraiment de les menacer.
Elle réagit alors avec cynisme, et si nécessaire, avec brutalité, mais de préférence en restant dans l’ombre : en suscitant ou en soutenant des forces d’opposition locales. C’est là la mission de sa section « Circonstances spéciales ». Ses agents, dotés de fortes personnalités et parfois de capacités ou de pouvoirs un peu exceptionnels, interviennent pour changer le cours de l’histoire sur des planètes ou dans des sociétés, lorsque s’y développent des politiques qui risqueraient, par leurs déviances, de mettre en cause les principes auxquels elle est attachée : la liberté, la tolérance, la diversité ; surtout lorsque ces politiques comportent des velléités expansionnistes au détriment des voisins.

Chaque ouvrage du cycle de la Culture conte l’histoire d’une crise à laquelle celle-ci est confrontée, en un lieu et à une époque spécifique que rien ne relie aux autres. Chacun met en scène des acteurs originaux par leur histoire, leur caractère, leur personnalité. Dans Les enfers virtuels le problème posé est vraiment original. On sait que l’informatique crée dès aujourd’hui des mondes virtuels. Dans ce lointain avenir, ses progrès ont rendu possible de reproduire et de projeter sur la toile les personnalités d’êtres vivants ou défunts.
Certaines civilisations humaines et extraterrestres ont décidé de créer de véritables enfers virtuels, pour y projeter, pour des périodes plus ou moins longues, ceux de leurs ressortissants qu’elles ont jugés coupables de crimes, voire de simples écarts de conduite. Ces Enfers, dont on ne peut s’échapper, méritent bien leur nom : les damnés y sont soumis à des supplices atroces, qui peuvent se terminer par la mort ; mais alors ils ressuscitent ; et le supplice recommence ; leur séjour leur paraît éternel.

Les civilisations qui ont créé ces systèmes de châtiment y sont très attachées : elles les considèrent comme partie intégrante de leur éthique et indispensables à la stabilité de leur société. Elles ont même commencé à interconnecter leurs enfers, rendant ceux-ci encore plus terrifiants pour les condamnés. Il y a bien sûr, dans chacune d’elles, des opposants à ces pratiques, mais ils sont minoritaires. D’autres civilisations s’indignent de ces traitements qu’elles jugent immoraux et voudraient les faire cesser. Le sujet est devenu un objet de conflit intergalactique : une guerre entre partisans et ennemis des Enfers s’est engagée, mais dans le monde virtuel de la toile. La Culture veille : elle n’est guère favorable aux Enfers mais ses principes l’empêchent d’intervenir ; elle est de toutes façons déterminée à empêcher que la guerre virtuelle se déplace dans le monde réel.

C’est dans ce cadre que se situe l’histoire de Lededje. En application des lois locales, cette très belle jeune femme est devenue l’esclave de Veppers, l’homme le plus riche de sa planète, pour régler les dettes de son père que celui-ci a ruiné. Elle est brutalisée et violée par son propriétaire. En tentant de s’évader, elle lui inflige une blessure humiliante. Il la tue. Elle ressuscite sur la Toile et, ainsi libérée, finit par retrouver un corps. Revenue dans le monde réel, elle n’a plus qu’une idée : la vengeance. Son obsession est exploitée par la Culture pour servir ses propres projets. Deux de ses représentants sont mobilisés à cette fin. L’un est sans doute un agent plus ou moins clandestin des Circonstances Spéciales. L’autre, compte tenu de ses talents, aurait pu appartenir à ce service, mais a préféré entrer dans un autre, moins prestigieux : Quietus, qui est en charge des morts, beaucoup plus nombreux que les vivants. Les deux agents ont à faire face à l’ambition démesurée de Veppers, qui utilise sa fortune pour prendre le pouvoir dans son propre monde, et construit, par l’intrigue, une alliance avec une civilisation d’extra-terrestres qui veut porter la guerre des Enfers dans le monde réel… L’issue de la confrontation restera jusqu’au bout incertaine.

L’écossais Iain Banks est né en 1954. Comme dans les autres ouvrages du cycle, il utilise ici la science-fiction pour évoquer quelques problèmes d’éthique, de combats entre le bien et le mal, qui sont ceux de notre temps. Ici, les questions soulevées sont celles du rapport entre le pouvoir de l’argent et le pouvoir politique, de la liberté individuelle, de la cohabitation des religions. Il analyse, avec précision et humour, les sociétés qu’il imagine, les personnages qu’il met en scène. Ses intrigues sont complexes, riches de rebondissements. Son œuvre ne se limite pas à la science-fiction. Elle relève, pour une part, de la littérature générale. Le Times le considère comme l’un des cinquante plus importants écrivains britanniques depuis la Deuxième Guerre mondiale.


Les enfers virtuels 1 et 2
Iain M. Banks
Ed. Robert Laffont Ailleurs et demain
(388 et 324 pages) (21 et 20 €)


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