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Philosophie des sciences : Biosphère et technosphère

par Bertrand Saint-Sernin, de l’Académie des sciences morales et politiques
Jusqu’à quel point la biosphère et la technosphère influencent-elles le destin de l’humanité ? C’est à cette question que la nouvelle chronique de Bertrand Saint-Sernin tente de répondre en remontant l’historique de ces deux termes et en analysant leurs relations. Canal Académie vous propose la retransmission de sa conférence.


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Référence : A23512
Adresse directe du fichier MP3 : http://www.canalacademie.com/emissions/a23512.mp3
Adresse de cet article : http://www.canalacademie.com/ida8810-Philosophie-des-sciences-Biosphere-et-technosphere.html
Date de mise en ligne : 27 mai 2012

Introduction

« Le terme “biosphère” a été défini en 1926 par un savant Russe, Wladimir Vernadsky [1] (1863-1945) ;
- quant à celui de “technosphère”, il ne s’est pas encore vraiment imposé, certains auteurs lui préférant d’autres noms. Dans ce qui suit, nous entendons par “biosphère” l’ensemble du monde vivant, genre humain compris, ainsi que les supports inorganiques et organiques qui en conditionnent l’existence ; et, par “technosphère”, l’ensemble des actions techniques de l’humanité sur la nature. Le choix du singulier implique, dans les deux cas, que ces actions forment un système, qu’elles ont un principe d’unité.


Ainsi, l’énoncé pose plusieurs problèmes : 1) de quoi est faite l’unité supposée de la biosphère et de la technosphère ? 2) Leur unité respective se constitue-t-elle par une histoire et, si oui, laquelle ? 3) Quels sont les interférences entre biosphère et technosphère qui influencent le destin de l’humanité ?

I. Analyse des termes

Biosphère

C’est chez Aristote que l’on trouve la première analyse scientifique du monde vivant. Mais c’est l’idée d’évolution qui, au XIXe siècle, fournit le moyen de penser l’unité de la constitution et de l’histoire de l’ordre vivant. Il est donc tentant de rapprocher Aristote et Darwin, comme le fait Étienne Gilson dans un essai tonique : D’Aristote à Darwin et retour.
En 1830, eut lieu à l’Académie des Sciences de Paris une controverse entre Georges Cuvier et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, dont on trouve l’écho dans les Conversations d’Eckermann avec Goethe [2] : le monde vivant résulte-t-il de créations organiques séparées ou d’un développement enchaîné des espèces ? Le sagace Cournot, ami d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, le fils d’Étienne, tranche en faisant observer qu’il est plus rationnel d’imaginer que le monde vivant s’est fait par évolution que par une suite de coups d’État [3].

Le terme de “biosphère” est donc, en partie, lié à la théorie de l’évolution comme à l’hypothèse explicative de son unité de constitution. Mais, de 1859, date de la publication par Darwin de L’Origine des espèces, à 1926, où Vernadsky publie La Biosphère, des événements scientifiques majeurs se produisent et, depuis lors, des révolutions théoriques et pratiques ont modifié le contenu du terme, sans toutefois modifier l’hypothèse fondamentale qui en légitime l’usage, à savoir l’unité du monde vivant. Vernadsky, minéralogiste de formation et élève de Mendéleïev, oppose la stabilité géochimique du globe et l’évolution des êtres vivants. Il écrit : « D’ailleurs, au cours des siècles, les formes de l’énergie auxquelles sont liées la vie, la radiation du Soleil et probablement l’énergie atomique des matières radioactives, ne se sont pas modifiées dans leurs grandes lignes […]. Cette immutabilité qui caractérise tous les processus cosmiques au cours des temps géologiques, offre un contraste frappant avec les modifications profondes subies dans le même temps par les formes vitales étudiées par la biologie. » (op. cit., p. 256).

Technosphère

Pour que l’usage du mot “sphère” soit applicable à la technique, il faut justifier l’hypothèse selon laquelle le monde technique manifeste, comme l’ordre vivant, un principe d’unité. Or un Cuvier de la technique pourrait soutenir sans être contredit que chaque société humaine, chaque société animale crée ses techniques de façon indépendante ; et un Geoffroy Saint-Hilaire de la technique serait embarrassé pour faire reconnaître dans le monde des techniques un principe d’unité. Pourtant, depuis le milieu du XXe siècle, la mondialisation de l’économie rend plus évident le caractère « réticulé » du monde technique.
Toutefois, des interrogations restent ouvertes : 1) de quoi est faite l’unité de la technosphère ? 2) Cette unité est-elle fixe ou en devenir ? 3) Ce devenir est-il gouvernable ou échappe-t-il à l’humanité ? 4) Est-ce dans la technosphère que se joue notre destin ?
Dans ce qui suit, nous faisons l’hypothèse que le monde des techniques présente une unité interne, même si le principe de cette unité est difficile à mettre en évidence.

Questions

D’où s’ensuivent les questions qu’implique l’énoncé du sujet : Quelles relations entretiennent biosphère et technosphère ? Leurs rapports sont-ils intelligibles ? Placés sous le contrôle de la raison humaine ? Ou risquent-ils de suivre une marche autonome, à laquelle les hommes prêtent la main sans pourtant la conduire ?[...]

- Retrouvez l’intervention complète de Bertrand Saint-Sernin sur le sujet "Biosphère et technosphère" :

Intervention complète de Bertrand Saint-Sernin sur "Biosphère et technosphère"
Intervention complète de Bertrand Saint-Sernin sur "Biosphère et technosphère"
Bertrand Saint-Sernin, de l'Académie des sciences morales et politiques
Bertrand Saint-Sernin, de l’Académie des sciences morales et politiques

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- Philosophie des sciences : Causalité et Hasard

- Comment concevoir l’interaction entre l’homme et la nature ? Réflexion sur nature et artifice.

- Emile Durkheim et les philosophes de son temps

- Consultez les émissions de la rubrique Amphi23 Idées et figures de la philosophie des sciences dans laquelle Bertrand Saint-Sernin rappelle l’apport philosophique de grands penseurs (Platon, Grégoire de Nysse, Basile de Césarée et Alfred North Whitehead).

- Consultez la fiche de Bertrand Saint-Sernin sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques

[1] Wladimir Vernadsky (1863-1945) publie en français, en 1924, La Géochimie et, en russe, en 1926, La biosphère, traduit en français en 1928.

[2] Le lundi 2 août 1830, Goethe dit à Eckermann : « Von nun an wird auch in Frankreich bei der Naturforschung der Geist herrschen und über die Materie Herr sein. Man wird Blicke in grosse Schöpfungsmaximen tun, in die geheimnisvolle Werkstatt Gottes ! » in Johann Peter Eckermann, Gespräche mit Goethe, Reclam, 1994, p. 764-765), c’est-à-dire : « Désormais, en France aussi, dans l’étude de la nature, l’esprit dominera et sera souverain de la matière. On jettera des regards dans les grandes lois de la création, et dans l’atelier secret de Dieu. »

[3] A. A. Cournot, Matérialisme, Vitalisme, Rationalisme [1875], Vrin, 1979 : « Mais, si Laplace en avait cru son illustre confrère Georges Cuvier sur la fixité absolue, sur la complète indépendance, sur la rénovation soudaine des types de la Création organique, il aurait été forcé de reconnaître à chaque type tous les caractères d’une loi que le législateur abroge et remplace selon ses vues. À ce compte, pour les insectes seulement, il y aurait à inscrire dans le Code de la Nature plusieurs centaines de milliers de lois, et de lois qui ont plusieurs fois changé surnaturellement, c’est-à-dire extralégalement, par une sorte de mesure révolutionnaire ou de coup d’État » (p. 75).






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