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La fabrique des monstres : l’art moderne a-t-il perdu la tête ?

Entretien avec Jean Clair, de l’Académie française, sur son livre "Hubris". Invité de Damien Le Guay (1/2)

De livres en livres, Jean Clair, de l’Académie française depuis 2008, s’en prend à l’actuelle décomposition de la culture visuelle – les anciens « beaux-arts ». Depuis Marcel Duchamp, et ceux qui lui emboitèrent le pas, une certaine conception classique a explosé. Nous avons quitté, dit Jean Clair, l’œuvre pour l’objet brut, le symbolique pour un réel écrasé sur lui-même, la re-présentation pour la platitude, le goût du monde pour la jouissance de l’im-monde, la peinture accrochée au mur pour les « installations » à même le sol. D’où vient ce processus barbare ? De l’extérieur ? Ce serait trop simple ! Il vient de l’intérieur, mis en œuvre par ceux-là même qui sont censés être les dépositaires d’un héritage artistique. En devenant contemporain, l’art n’a pas explosé, il a implosé sous l’effet de ces « barbares de la civilisation » - selon l’expression de Chateaubriand.


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Jean Clair dénonce « cette engeance prétentieuse et subventionnée qui, en moins de vingt ans, a réduit la culture à rien [[Jean Clair, La tourterelle et le chat-huant, Gallimard, p. 73p[-.». Il assiste avec une stupéfaction furieuse, à cette auto-dislocation de la culture. « Atomisée, pulvérisée, éclatée, explosée, la culture ne cesse de retomber en cotillon et confettis [[Jean Clair, Journal Atrabilaire, p. 73p[-. »


Toute sa vie, Jean Clair, conservateur des Musées de France – au Musée d’art moderne puis au Centre Pompidou et pour finir au Musée Picasso – a vu de l’intérieur la montée en puissance des « animateurs culturels » et autres agents de promotion du culturel venu remplacer et dissoudre la Culture. Il a assisté, agacé mais impuissant, aux expositions, au beau milieu du château de Versailles, de Jeff Koons et de ses lapins kitch et de Murakami et de ses mangas tout aussi kitsch.
Après L’hiver de la culture (2011), il nous revient avec un nouvel ouvrage Hubris, la fabrique du monstre dans l’art moderne (Gallimard, 2012).



Dans cette première émission nous nous interrogerons, avec lui, sur la gravité de ce processus de dé-culturation. S’agit-il d’une révolution anthropologique ? Et pour mieux comprendre l’importance de ce regard porté sur le monde par les œuvres d’art ! Jean Clair insiste sur l’étymologie du mot « re-garder » qui supposer un retour en arrière, une vigilance. « Créer des images, c’est s’en faire le gardien » dit-il.
Dans "Hubris", son dernier livre (2012), il indique qu’une modification s’est opérée, dans la représentation du corps, autour des années 1895. Durant la même année, Louis Lumière invente le cinéma, Rontgen découvre les rayons X (qui troubleront beaucoup Apollinaire quand il découvrira une image de son crâne), Marconi découvre la radio-téléphonie et Freud se lance dans l’aventure de la psychanalyse. Il y a là un tournant qui réduit d’autant le mystère du corps – le corps comme mystère.


Il est deux manières de sortir de ce mystère.(...)


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