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Stanislas Dehaene, neuropsychologue et académicien : de nouveaux outils pour apprendre à lire

A l’occasion de la sortie du livre Apprendre à lire, des sciences cognitives à la salle de classe
Que se passe-t-il dans notre cerveau lorsque nous apprenons à lire ? Voilà une question à laquelle Stanislas Dehaene et son équipe de chercheurs tentent de répondre depuis plusieurs années. Le neuropsychologue, membre de l’Académie des sciences, professeur au Collège de France, s’intéresse non seulement aux mécanismes neuronaux, mais également à la manière dont l’apprentissage de la lecture peut se faire. Au cours de cette émission, il nous présente l’ouvrage dont il a eu la direction Apprendre à lire, destiné à la fois au corps enseignant et aux parents.


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Référence : PAG1079
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Date de mise en ligne : 2 septembre 2012

La lecture est une invention qui nous permet d’accéder aux ères du langage dans notre cerveau par le biais de la vision. Quelque chose qui n’avait pas été anticipé par l’évolution. Il est probable que l’évolution de l’homme a permis de mettre en place un circuit pour le langage parlé.

Comme le rappelle en début d’émission Stanislas Dehaene, le langage écrit est une invention culturelle assez récente dans l’histoire de l’homme. « Nous avons créé des systèmes de symboles, des lettres, qui permettent à notre système visuel de reconnaitre la combinatoire de ces objets et d’accéder par ce biais à la prononciation des mots tout d’abord, puis à leur sens ».

© Editions Odile Jacob

Et pour reconnaître ces assemblages de lettres, nous faisons appel à une région bien précise de notre cerveau, que l’académicien a appelé « la boîte aux lettres du cerveau ». Notre cerveau, par le biais de l’apprentissage, va petit à petit accéder à une représentation des phonèmes qui n’a rien d’évident au départ. « Apprendre à lire, c’est à la fois mettre en place ce code visuel mais aussi les connexions de ce code vers le langage parlé. Les enfants comprennent bien ce que sont les syllabes. Mais ils ne savent pas ce que sont les phonèmes, c’est-à-dire la plus petite unité significative du langage parlé. Par exemple au départ, ils ne font pas la différence entre « Ba » et « Ga » ». De même, ils doivent apprendre que « Ba » « Bo » et « Be » ont des sons très voisins, dont la voyelle seulement permet de les distinguer. Si la lecture nous apparaît aujourd’hui aussi facile, c’est parce que nous sommes passés par cet apprentissage de base ; une approche qui doit démarrer dès la grande section de maternelle, avec des jeux de langage. « Jouer avec les rimes, compter le nombre de syllabes dans un mot, lui faire comprendre qu’un mot est également composé de phonèmes... Tous ces éléments contribuent à préparer l’enfant à la lecture ».
Au cours de l’apprentissage de la lecture, des zones du cerveau de l’enfant vont se spécialiser. Il apprend que la lecture se fait de gauche à droite, « que chacune des lettres ou groupe de lettres correspond à un son du mot cible et qu’il y a une correspondance entre l’espace du mot écrit et la temporalité du mot parlé. Au départ cela se fait de manière séquentielle. Mais progressivement le cerveau de l’enfant apprend à le faire de manière parallèle ».
Les chercheurs ont également étudié l’impact du geste dans l’apprentissage de la lecture. « L’équipe d’Edouard Argentaz à Grenoble a démontré que de former les lettres aidait le cerveau à les retenir, à décrypter les lettres même visuellement. Car notre cerveau dispose d’un code supplémentaire, le code du geste, qui facilite la mémoire de la lettre et son association avec le son. Tout ça forme un réseau plus élargi dans le cerveau lorsque le geste y est associé ».

Pour un lecteur adulte, le simple fait de poser son regard sur un mot et son ensemble de lettres permet d’en saisir le sens, ce qui nous donne l’illusion d’une lecture « globale ». Alors qu’en réalité, sans que nous nous en apercevions, le cerveau continue d’analyser chacune des lettres et ses combinaisons. Elles sont simplement traitées en même temps, en parallèle.
Selon les auteurs d’Apprendre à lire des sciences cognitives à la salle de classe, il y a des principes de la lecture, mais pas de méthode unique. « Les grands principes du code alphabétique doivent être enseignés un par un aux enfants. Car rien dans la lecture n’est évident. Il faut par ailleurs s’entraîner de façon régulière tous les jours avec des phases de sommeil pour consolider les acquis ».
Une fois les grandes bases assimilées, beaucoup de choses restent à mettre en place vers l’âge de 9, 10 ans : la routinisation de la lecture, la compréhension des morphèmes (la racine des mots)... L’apprentissage de la lecture doit se poursuivre tout au long de l’enfance.

Petite exception pour les petits Français dans le paysage européen : ils doivent faire face à une langue plus difficile que celle de leurs voisins, ce qui explique des apprentissages plus long que nos amis allemands et italiens par exemple : « Leur langue est transparente, chaque lettre correspond à un seul son. Lorsque vous connaissez la prononciation de chaque lettre en italien, vous savez donc presque lire. Ce n’est pas le cas en français car elle cumule beaucoup d’ambiguïtés. Dans le mot « femme » par exemple, vous devez apprendre que le premier « e » se prononce « a ». C’est une exception parmi bien d’autres ».

Poursuivez les explications de Stanislas Dehaene en écoutant l’émission. Et retrouvez au cours de cet entretien le témoignage de Françoise Dupin, professeur des écoles en Auvergne, qui a mis en place au cours de l’année 2011-2012 le programme « Lecture » dans sa classe de grande section qui fait jouer trois compétences : 
- la conscience phonologique (travail sur les rimes , les syllabes et les sons) 

- la compétence de la compréhension
- les codes alphabétiques : étudier toutes les lettres de l’alphabet, distinguer leurs sons indépendants des sons des phonèmes, associer le son de la lettre à l’écriture cursive.
Elle constate une nette avance de ses élèves dans l’apprentissage de la lecture par rapport aux années précédentes, et affirme que ces méthodes permettent de prévenir la dyslexie, et la dysorthographie.

En savoir plus :

Consultez l’ensemble de nos émissions en compagnie de Stanislas Dehaene :
- Stanislas Dehaene : le cerveau, l’intuition des nombres et les neurones de la lecture
- La bosse des maths selon Stanislas Dehaene, de l’Académie des sciences
- Les neurones de la lecture

Écoutez également notre émission Apprendre à lire : de nouveaux outils pédagogiques élaborés à partir de travaux de psychologie cognitive, une série "Un recteur, une académie, une expérimentation".

Apprendre à lire, sous la direction de Stanislas Dehaene, éditions Odiles Jacob, 2011






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