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Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage (2/2) : vie et oeuvre d’un abolitionniste

Seconde partie de l’émission consacrée à l’abolition de l’esclavage dans les Antilles françaises, par Françoise Thibaut, correspondant de l’Académie des sciences morales et politiques
Françoise Thibaut, Correspondant de l’Institut, rappelle ici l’histoire tourmentée de l’abolition de l’esclavage et de la Traite dans les Antilles françaises. Écoutez ici la seconde partie de cette émission, où sont évoqués plus précisément la vie et l’œuvre de Victor Schoelcher, grand défenseur de la cause abolitionniste, principal artisan du texte de 1848 et figure majeure de la politique antillaise du XIXe siècle.


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Référence : CHR859
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Date de mise en ligne : 2 juillet 2012

Victor Schoelcher est né le 22 juillet 1804 à Paris, faubourg Saint-Denis, dans une famille bourgeoise aisée et catholique. Son père (1766 - 1832) est porcelainier, à la tête d’une entreprise florissante.

Victor Schœlcher
Victor Schœlcher

Il fait ses études au Lycée Condorcet, fréquente Hector Berlioz, rencontre Franz Liszt. Toute sa vie il restera un grand amateur de musique, et en exil en Angleterre, se fera spécialiste du prolifique Haendel. Il y croisera également Victor Hugo.

Son père l’envoie en 1828 (il a donc 24 ans), prospecter de possibles marchés, aux États-Unis, au Mexique, aux Antilles et à Cuba. Dans cette île aux mœurs hispaniques, il est horrifié par ce qu’il voit. Les Antilles françaises ne valent guère mieux. Il rentre en 1830, certes chargé de commandes, mais révolté.
Il se fait journaliste, essayiste, rejoint les mouvements abolitionniste, entre en Maçonnerie, voyage beaucoup notamment au Moyen Orient et en Afrique, rassemblant le maximum d’informations sur son sujet ; il visite le Sénégal, la funeste île de Gorée, les ports d’embarquements et leurs archives ; ce faisant, il accumule aussi toutes sortes d’objets et d’œuvres d’art.
Son père ne contrarie pas son inclinaison. En 1832, héritier de l’entreprise familiale, il la vend dès 1833 et se consacre à la politique. En 1847, c’est la « Société pour l’abolition de l’esclavage » dans laquelle il enrôle quelques célébrités politiques et intellectuelles.

Dès 1832, il milite ardemment pour l’abolition mais se révèle opposé à l’abolition à effet immédiat : il défend, éclairé par le dénuement moral, éducatif et économique profond des esclaves, une abolition progressive, assortie d’une éducation et d’alphabétisation. Beaucoup de planteurs y sont violemment opposés.

Benjamin Robert Haydon Convention de la Société contre l'esclavage, Londres, 1840
Benjamin Robert Haydon Convention de la Société contre l’esclavage, Londres, 1840

En 1840, Schoelcher retourne dans la Caraïbe, approfondit son étude, visite les colonies anglaises où l’abolition est effective depuis 1833, ainsi que Haïti, le seul pays indépendant.
Survient la Révolution de février 1848 : Il participe au gouvernement provisoire de François Arago, devient sous-secrétaire d’État aux colonies et à la marine et Président de la Commission d‘abolition. Le décret, dont il est en grande partie le rédacteur, est publié le 27 avril 1848. Il devait entrer en vigueur sous deux mois, mais des insurrections d’esclaves éclatent en Martinique réclamant l’application immédiate, ce qui est obtenu. Elle devient effective le 10 août en Guyane.

François Arago
François Arago

De 1848 à 1850 il siège à gauche, élu député de la Guadeloupe et de la Martinique. Adversaire de l’Empire, il est proscrit, considéré comme agitateur, s’exile en Grande Bretagne. Il y renforce ses connaissances sur tous les domaines au sein desquels l’individu est abusivement maltraité, voire martyrisé. Après la guerre perdue et l’établissement d’une nouvelle République, il rentre en 1870. Réélu député de Martinique en 1871, il siège à l’Assemblée, puis devient sénateur inamovible le 16 décembre1875.
Il milite pour l’abolition de la peine de mort ; en 1877 il fait une proposition interdisant la bastonnade dans les bagnes, ce qu’il obtient en 1880. Il siège, à partir de 1881, avec son ami Victor Hugo à la Commission des réparations indemnisant les proscrits de l’Empire, présidée par le ministre de l’Intérieur et composée de 4 députés et 4 sénateurs. Il essaie aussi, dans le système pénitentiaire, de faire abolir la relégation.

Jamais marié, sans enfant, il lègue tous ses biens à des institutions caritatives et aux Iles dont il fut député. Enterré au cimetière du Père Lachaise, ses cendres seront transférées, en même temps que celles de Félix Eboué, au Panthéon. Cette décision votée en 1938, à l’initiative de Gaston Monnerville, ne sera exécutée, pour cause de conflit mondial, que le 20 mai 1949.
Aux Îles, de nombreux établissements scolaires, de nombreuses rues, avenues et places portent son nom, ainsi qu’un escorteur de la Marine. Il est connu de tous. La bibliothèque du Sénat conserve de nombreux documents sur ses actions et ses archives. A Pointe à Pitre, rue Peynier, sa jolie résidence peinte en jaune vif, ornée d’enjolivures bleues et fort bien entretenue, recèle ses collections personnelles et quelques documents significatifs.

La place Victor Schœlcher à Cayenne en Guyane.
La place Victor Schœlcher à Cayenne en Guyane.

En 1983, la Loi 83- 550 du 30 juin, publiée au Journal Officiel le 1er juillet crée « la commémoration de l’abolition » dont les dates dans les différents territoires sont déterminées par le Décret 83-1003 du 23 novembre 1983 publié le 24.
Dans les collectivités territoriales concernées la commémoration est fixée à la date de l’arrêt effectif local :

- Pour la Guadeloupe, le 27 Mai
- Pour la Guyane, le 10 juin
- Pour la Martinique, le 22 mai
- Pour la Réunion, le 20 décembre,
- Pour Mayotte, le 27 avril
Au surplus dans l’ensemble de tous les établissements scolaires de la République française, tous les 27 avril, une heure d’enseignement devra être consacrée à une réflexion sur l’abolition de l’esclavage.

Cela étant, la meilleure façon de s’enrichir ou d’enrichir un pays, est de recourir au travail forcé non ou très peu rémunéré. Cette pratique s’accompagne le plus souvent d’une « dépersonnalisation » des exécutants. Toutes les sociétés, toutes époques et en tout système l’ont connu et le connaissent encore. Les goulags et les camps nazis n’en sont que des variantes particulièrement cruelles.

Il existe beaucoup de littérature -fort diverse - sur le sujet mais on pourra lire avec intérêt
- La Traite des Noirs sous l’Ancien Régime de Hubert Deschamps, sans doute un des meilleurs et des mieux documentés,
- Les travaux de Victor Schoelcher, notamment De l’esclavage des noirs et de la législation coloniale ainsi qu’une très belle vie de Toussaint Louverture,
- Un très bel article de de Bernard Kapp au journal Le Monde datant de 2001, mais toujours d’actualité : « la solution de l’esclavage ». Remarquable.

- Écoutez la première partie de cette émission consacrée aux aléas de l’esclavage antillais durant la période révolutionnaire et la Restauration : Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage (1/2) : les Antilles françaises à l’aube de 1848

Retrouvez tous les billets en provenance d’Asie et d’ailleurs, par Françoise Thibaut : ici

Écoutez également l’intervention de Jean Pruvost sur le mot esclavage : Esclavage, Indigène






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