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Histoire du climat avec Emmanuel Le Roy Ladurie : la "politisation" du climat en France (3/6)

de Louis XI à Nathalie Kosciusko-Morizet, la politique s’empare du climatique...
Depuis Louis XI, les exemples de gestion politique du climat abondent. La preuve : le 20 juillet 2011, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, a présenté un plan national d’adaptation aux effets du changement climatique. Est-ce le dernier avatar de ce qu’Emmanuel Le Roy Ladurie appelle la politisation du climat ? Troisième émission de la série proposée par l’historien de l’Académie des sciences morales et politiques.


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Émission proposée par : Bruno Dusaussoy
Référence : HIST715
Adresse directe du fichier MP3 : https://www.canalacademie.com/emissions/hist715.mp3
Adresse de cet article :
Date de mise en ligne : 13 novembre 2011

En 1481, à la fin du règne de Louis XI, le royaume de France connut « une famine de pluies et de froid », selon l’expression d’Emmanuel Le Roy Ladurie. Ce n’était pas la première fois : en 1315, une crise de subsistance avait ravagé le royaume, en particulier dans sa partie septentrionale. Mais alors que Louis X le Hutin (né en 1289, il est le fils aîné de Philippe le Bel et de Jeanne de Navarre), roi éphémère de 1314 à 1316, ne fit à peu près rien pour venir en aide à ses sujets, Louis XI, lui, prit des mesures anti-famine (interdiction des exportations, contrôle des spéculateurs). Ce faisant, il inaugurait une longue tradition d’intervention publique en cas de problèmes de subsistances consécutifs à une météo capricieuse.

Henri III, assassiné par le moine Jacques Clément en 1589, agit un peu pour gérer les émeutes de subsistances ; Richelieu, par l’entremise de ses intendants (l’équivalent de nos préfets), également. Mais c’est surtout à partir de la famine de 1661, la première sous le règne de Louis XIV (1643-1715), que l’Etat royal s’empare à bras le corps des problèmes de subsistances. Le fidèle Colbert (1619-1683) fit importer du blé en provenance de la Baltique ou de Bordeaux, le sud du royaume étant moins éprouvé. Les mêmes moyens furent employés lors des deux famines suivantes de 1693 (1 300 000 morts) et de 1709 (600 000 morts).

Calmer le ventre de Paris

Il convient de préciser que les gens, en cas de famine, ne mouraient pas de faim, mais des effets de la sous-alimentation le plus souvent : typhus, fièvres, dysenterie. Le nombre très élevé de décès lors de ces famines d’Ancien Régime ne doit pas faire oublier qu’il existait dans les années précédant la Révolution française un système très évolué d’estimation des récoltes. Il faut aussi garder à l’esprit que les gouvernants étaient désireux, en temps de disettes et de famines, de calmer le ventre de Paris. Car si la capitale s’enflammait, c’est tout le pays qui risquait de prendre feu.

La disette avait jadis une dimension pécheresse, elle était considérée comme un châtiment. Dans l’Ancien Testament, dans le passage avant le siège de Jérusalem, Ezéchiel ne déclare-t-il pas : « Fils d’homme, voici que je vais détruire la réserve de pain à Jérusalem : on mangera dans l’angoisse du pain pesé, on boira avec effroi de l’eau mesurée, parce que le pain et l’eau manqueront ; ils seront frappés de stupeur et dépériront à cause de leur faute » (Ezéchiel IV, 16) ?

Le plan climat de NKM

Loin de la religion, le plan d’adaptation au changement climatique lancé par Nathalie Kosciusko-Morizet le 20 juillet 2011 est un catalogue de près de 250 mesures visant essentiellement à préparer la France à une hausse de la température annuelle moyenne de 2 à 3,5 degrés (selon les prévisions de Météo France et de l’Institut Pierre-Simon Laplace). Ce plan sera révisé tous les cinq ans.

Le contexte actuel n’est évidemment pas comparable avec celui des siècles passés. S’il s’agit aujourd’hui d’agir contre les effets du réchauffement global, il était autrefois question de gérer les crises de subsistances provoquées par un « cocktail météo » défavorable, et ponctuel le plus souvent.

Du reste, comme le souligne Emmanuel Le Roy Ladurie dans l’Evénement climatique et ses représentations, le contexte économique est délié des fluctuations du climat depuis 1860, qui correspond à la fin du « petit âge glaciaire » (1300-1860). Car « les chemins de fer, les navires à vapeur, le libre échange, l’importation de blé russe et américain, le recul de la consommation du pain... rendent désormais relativement inoffensives les mauvaises années climatico-céréalières ».

Pour aller plus loin

- Cette émission est la troisième d’une série de six sur l’histoire du climat. Le prochain thème sera : les accidents climatiques au XXe siècle.

- Histoire du climat avec Emmanuel Le Roy Ladurie : l’historien pionnier (1/6)
- Histoire du climat avec Emmanuel Le Roy Ladurie : la Révolution française, une révolution climatique ? (2/6)

- E. Le Roy Ladurie sur le site de l’Académie des sciences morales et politiques.

- E. Le Roy Ladurie, J. Berchtold, J.-P. Sermain (sous la dir.), L’Evénement climatique et ses représentations (XVIIe-XVIIIe siècles), Histoire, littérature, musique et peinture, éd. Desjonquères, 2007.

- E. Le Roy Ladurie, L’Etat royal de Louis XI à Henri IV, 1460-1610, t. II de l’Histoire de France Hachette (F. Furet dir.), 1987.






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